jeudi 1 avril 2021

Avril 2021 : importants mouvements de troupes russes signalés près de l’Ukraine et en Crimée

>>> 1er avril 2021. Importants mouvements de troupes russes signalés près de l’Ukraine et en Crimée occupée

En juillet 2020, soit sept mois après leur première rencontre à Paris, et à l’issue de discussions menées sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe [OSCE], Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, les présidents russe et ukrainien, annoncèrent un nouvel accord de cessez-le-feu le long de la ligne de front séparant les rebelles pro-russes du Donbass [sud-est de l’Ukraine] et les forces pro-gouvernementales ukrainiennes. Comme les précédentes, cette trêve fut régulièrement violée par des échanges de tirs entre les deux parties… sans pour autant remettre en cause le statu quo.

Cependant, ces derniers jours, il a été constaté par la Mission spéciale surveillance [MSS] de l’OSCE, dont la tâche est rendue plus compliquée par le brouillage de ses drones d’observation, une hausse significative du nombre de violations du cessez-le-feu, assortie d’une intensification des combats.

Ainsi, le 26 mars, 493 violations ont été signalées dans la région de Donetsk par la MSS [.pdf]. Et, ce jour-là, quatre soldats ukrainiens ont perdu la vie et deux autres ont été blessés. Selon Kiev, ils auraient été visés par une attaque au mortier. À noter que, depuis le début de cette année, 19 militaires ukrainiens, au total, ont été tués sur la ligne de front.

Dans le même temps, il a été observé une accumulation de nouveaux équipements militaires du côté des séparatistes [comme ici]. Trois jours avant l’accrochage meurtrier de Donetsk, une vidéo montrant six chars [4 T-72 et 2 T-64BV] dans un convoi rebelle avait été diffusée sur les réseaux sociaux. Plus généralement, les derniers rapports quotidiens de la MSS signalent la présence non seulement de chars [dont le type n’est pas précisé] mais aussi celle d’obusiers dans les zones non tenues par les troupes gouvernementales ukrainiennes.

 

Qui plus est, d’importants mouvements de troupes ont eu lieu [et sont a priori encore en cours] dans le sud-ouest de la Russie et la Crimée. Pour cela, l’état-major russe a privilégié le rail. On ignore l’ampleur de cette manoeuvre. Mais elle est assez importante pour perturber le transport ferroviaire d’autres marchandises. Le 29 mars, le quotidien Kommersant s’est fait l’écho d’une plainte d’un responsable d’une usine de tracteurs de Saint-Petersbourg parce qu’il n’arrivait pas à trouver les « 8 à 10 plateformes par jour » pour livrer ses clients.

Cela étant, d’après les rapports hebdomadaires de la MSS, le trafic ferroviaire entre la Russie et le Donbass n’a pas augmenté significativement au cours de ces derniers jours.

Quoi qu’il en soit, Kiev et Moscou se renvoient la responsabilité des violations du cessez-le-feu récemment constatées. Le chef d’état-major ukrainien, le général Rouslan Khomtchak, a estimé que les forces séparatistes comptaient 28.000 combattants, encadrés par 2.000 « instructeurs et conseillers militaires russes ». Et de voir dans les mouvements de troupes russes une « menace pour la sécurité ».

Les autorités russes ont en quelque sorte pris les devants. Le 30 mars, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a accusé le président ukrainien de « rejeter toute idée de dialogue » avec les séparatistes du Donbass. « Comment régler un conflit si une partie ne veut pas communiquer avec l’autre? », a-t-il demandé.

Et d’ajouter : « Nous voyons maintenant une escalade des tensions sur la ligne de contact. En fait, les modestes réalisations qui ont été accomplies auparavant ont été effacées » et les « tensions augmentent et personne ne voit de raison de se rassembler au plus haut niveau ».

Le lendemain, et alors que M. Poutine venait d’avoir une conversation avec le président Macron et la chancelière Merkel [la France et l’Allemagne étant impliqués dans la recherche d’une solution au conflit, dans le cadre du dialogue au format dit de « Normandie », ndlr], le porte-parole du Kremlin a enfoncé le clou. « Nous exprimons notre inquiétude face aux tensions croissantes et au fait que, sous une forme ou une autre, la partie ukrainienne puisse prendre des mesures conduisant à la guerre. Nous ne voulons vraiment pas voir cela », a-t-il dit.

Apportant leur soutien à l’Ukraine, les États-Unis fait part de leur inquiétude au sujet de la situation dans le Donbass.

« Nous sommes inquiets des récentes escalades de l’agression russe dans l’est de l’Ukraine, y compris des violations de l’accord de cessez-le-feu du 20 juillet qui a mené à la mort de quatre soldats ukrainiens le 26 mars, alors que deux autres ont été blessés », a ainsi déclaré John Kirby, le porte-parole du Pentagone. « Les actions déstabilisatrices de la Russie sapent la désescalade des tensions qui avait été réalisée » depuis la trêve, a-t-il continué. « De plus, nous sommes au courant des rapports militaires ukrainiens concernant les mouvements de troupes russes aux frontières de l’Ukraine », a-t-il dit

Alors que le chef des forces américaines en Europe [qui coiffe aussi la casquette de Commandant suprême des forces alliées en Europe – SACEUR], le général Tod D. Wolters, a placé ses troupes au niveau d’alerte « Crise imminente potentielle », le Kremlin a assuré que les mouvements des forces russes récemment observés ne vise qu’à « assurer la sécurité de la Russie » et qu’ils « ne constituent en rien une menace. »

Ce n’est évidemment pas la première fois que, depuis que le crise du Donbass a éclaté, en 2014, des mouvements de troupes russes sont signalés à la frontière et/ou en Crimée. Cette année là, l’Otan avait jugé « incroyablement inquiétante » la présence militaire russe qui avait été observée à la frontière ukrainienne. Et, plus récemment, la péninsule a accueilli un important exercice militaire, mêlant assaut aéroporté et opération amphibie. Comme en 2020, du reste.

Reste à voir les raisons de ce déploiement russe apparemment massif à la frontière ukrainienne et en Crimée. Un objectif possible pourrait concerner l’approvisionnement en eau. En effet, les canaux qui dirigeant les eaux du Dniepr vers la péninsule ont été coupés par Kiev, ce qui provoque régulièrement de pénuries. Il peut aussi s’agir pour Moscou de tester la nouvelle administration américaine, le président Biden tenant un discours « musclé » à l’égard de son homologue russe.

Si Washington marque régulièrement son soutien à Kiev, il est à noter que le chef de la Maison Blanche n’a toujours pas eu d’échange avec le président ukrainien depuis son investiture. Ce qui, note le New York Times, « soulève des questions », même si les États-Unis fournissent une aide relativement importante aux forces armées ukrainiennes.   Opex360

>>> 8 avril 2021 : La flottille russe de la Caspienne va transférer des bateaux vers la mer Noire (Opex360 )

>>> 9 avril 2021 : Des mortiers automoteurs russes 2S4 Tulpan de 240 mm ont été repérés en direction de la frontière ukrainienne (Opex360)



Réaction des Etats-Unis : Washington affirme son « soutien indéfectible » à l’intégrité territoriale de l’Ukraine (Opex360)

Réaction de l'UE : assez discrète, comme d'hab... Quant à la France qui voudrait vendre ses Rafales à l'Ukraine, elle brille aux abonnés absents. Dans ce cas, il serait logique, normal, et même souhaitable pour l'Ukraine qu'elle préfère se tourner vers l'achat d'armes américaines plutôt que françaises.

 

L'Ukraine, en crise, devrait être fortement soutenue par l'UE [à moins que celle-ci se considère elle-même comme une puissance de seconde zone... ce qui hélas semble être le cas] :

En Ukraine, la situation n’est guère brillante, alors que l’ancienne République soviétique fêtera le 30e anniversaire de son indépendance le 24 août prochain. «  L’Ukraine est un Etat presque failli, soutenu à bout de bras par les Occidentaux  » constate Arnaud Dubien. La corruption endémique n’a pas été éradiquée et les espoirs placés en 2019 lors de l’élection triomphale de Volodomir Zelenski - un acteur sans expérience politique - se sont effacés. «  Sa stratégie politique est peu lisible  » et «  les changements attendus peinent à s’affirmer  » note l’universitaire Alexandra Goujon, dans la publication Ramses 2021 de l’Ifri. «  Le pays est toujours tenu par quatre ou cinq oligarques  » poursuit Arnaud Dubien. «  Surtout, l’Ukraine se vide de sa substance  », ajoute ce dernier. Lors de l’indépendance en 1991, l’Ukraine et la Pologne étaient comparables en termes de PIB par habitant. Trente ans plus tard, l’écart est de 1 à 4… La crise est également démographique. Le nombre d’Ukrainiens résidant en Ukraine (sans la Crimée et le Donbass) serait d’à peine 35 millions contre plus de 50 millions en 1990, estiment les spécialistes : la natalité a chuté comme dans toute l’Europe de l’Est alors que l’émigration est massive notamment vers la Pologne ou la Russie.

A l’instabilité politique, aux questions identitaires et à la perte de la Crimée est venu s’ajouter le conflit du Donbass en 2014. Selon Anastasiya Shapochkina, enseignante à Sciences Po (Revue Diplomatie - L’Etat des conflits) le bilan de cette guerre est «  de 13 300 morts du côté ukrainien et autour de 4 500 du côté russe  ».

L'Opinion


 

 

 

 

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