lundi 12 juillet 2021

France. La Russie annexe le champagne

 La Russie s’approprie l’appellation « champagne »

 Guère surprenant. Mais ce qui est triste, c'est que les producteurs français se plient aux demandes russes. Aucune fierté.

 >>> Les producteurs français devront changer leurs étiquettes pour pouvoir poursuivre leurs exportations

Vladimir Poutine a donné son feu vert, vendredi 2 juillet, à un amendement de la loi sur la réglementation des boissons alcoolisées qui fait réagir en Russie… et en France. Selon ce texte, seuls les producteurs russes auront désormais le droit d’afficher l’appellation « champagne » sur leurs bouteilles. Les vins importés devront, eux, signifier une appellation « vin à bulles ». Cet amendement indique clairement que la législation russe ne tiendra pas compte de la protection de l’appellation française « champagne AOC ».

En réaction à cette décision, le Français Moët-Hennessy a suspendu, le temps d’un week-end, ses exportations vers la Russie. Dans un courrier destiné à ses clients russes et auquel le quotidien économique Vedomosti a eu accès, la société française a annoncé devoir réaliser une nouvelle certification de ses produits, qui devrait coûter plusieurs millions de roubles.

Ayant accepté, dimanche 4 juillet, de se plier aux requêtes russes, elle doit changer ses étiquetages et renommer ses produits dans le respect de la nouvelle législation. Le quotidien russe rappelle que 13 % des 50 millions de litres de mousseux et champagne importés chaque année en Russie viennent de France. Moët-Hennessy représente 2 % de ce marché.

Une AOC menacée dans le monde entier

En Russie, cela fait longtemps que le terme « champagne » est utilisé sans complexe et pour toutes sortes de vins à bulles. Staline fit créer à la fin des années 1930 un « champagne soviétique » produit en masse, avec l’objectif de le rendre accessible à tous.

Au lendemain de la chute de l’URSS, ce « champagne soviétique » est devenu une marque synonyme de mousseux bas de gamme, mais toujours aussi populaire lors des grandes occasions. Un état de fait qui n’a jamais ravi les producteurs champenois, défendus par le comité interprofessionnel du vin de champagne (CIVC), et qui mènent depuis de nombreuses années une bataille destinée à protéger cette appellation contrôlée menacée dans le monde entier.

Avec cet amendement, les autorités russes souhaitent certainement mettre en valeur les producteurs de vins pétillants locaux. Et notamment ceux de Crimée, producteurs ancestraux qui ont connu une deuxième jeunesse à la suite de l’annexion de la péninsule en 2014 et leur pleine ouverture au marché russe. La marque phare du pays, le vin criméen Novy Svet, appartient à un ami du président russe, Iouri Kovaltchouk.

Friand de viniculture, Vladimir Poutine avait fait monter l’action d’un autre géant du marché, Abrau-Durso, en janvier, après avoir signifié qu’il se verrait bien travailler dans cette entreprise à l’issue de sa carrière politique.

 Le Monde

 

 

>>> Le Drian répond à Poutine sur l'appellation champagne

Le Ministre des Affaires Etrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé se réserver le droit de poursuivre la Russie dans l'utilisation du nom champagne. 

Emoi dans le champagne! Maintes fois usurpée, par d'obscurs producteurs de vins mousseux, l'appellation du vin prestigieux trouve sur la longue route de sa préservation un obstacle de taille, une loi signée du président russe Vladimir Poutine lui-même, un litige qui pourrait se régler devant l'OMC, a prévenu Paris. Cette nouvelle loi, signée vendredi, oblige les distributeurs de marques de champagne à inscrire sur la contre-étiquette, placée au dos de la bouteille, la mention "vin pétillant", réservant la traduction de champagne en russe - "Champanskoïe" selon la translittération française - aux producteurs russes de vins pétillants. Une décision qui a "scandalisé" les producteurs de champagne, lesquels ont interpellé lundi les diplomaties française et européenne pour intervenir dans ce dossier. "Si d'aventure il y a des violations avérées des règles de l'Organisation mondiale du commerce, et bien nous poursuivrons, comme nous avions envisagé de le faire antérieurement à l'égard de la Russie. J'espère que le dialogue permettra de régler cette difficulté", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, interpellé mardi sur ce sujet à l'Assemblée nationale. "Priver les Champenois du droit d'utiliser le nom "champagne" (en cyrillique) est scandaleux; c'est notre patrimoine commun et la prunelle de nos yeux", ont dénoncé dans une déclaration commune Maxime Toubart et Jean-Marie Barillère, coprésidents du Comité champagne.

Ils ont demandé aux entreprises champenoises de cesser toute expédition vers la Russie, jusqu'à nouvel ordre. Selon le Comité champagne, si les vins de Champagne conservent le droit exclusif d'utiliser le nom champagne en caractères latins sur l'étiquette principale, cette nouvelle loi les oblige à renoncer au terme "Champanskoïe" et à se présenter sous le terme vin mousseux en caractères cyrilliques sur la contre-étiquette. "Les Russes, ce qu'ils lisent, ce n'est pas le latin, c'est les caractères cyrilliques!", a déclaré à l'AFP Charles Goemaere, directeur général du Comité champagne.La Russie n'est que le 15e marché d'exportation du champagne, avec environ deux millions de bouteilles sur les 150 millions vendues en moyenne chaque année hors de France, mais il est "relativement bien valorisé", parce que les Russes achètent de jolies cuvées, selon Charles Goemaere.
 
Une marque française protégée depuis 1843
 
Le Comité champagne regrette que cette loi "remette en cause plus de vingt ans de discussions bilatérales entre l'Union européenne et la Russie sur la protection des appellations d'origine". Déplorant n'avoir pas été informé de la mise en place de cette nouvelle législation, le comité se dit "déterminé à poursuivre les discussions avec les autorités russes pour obtenir le droit exclusif à l'usage du nom champagne. Lancée en 1937, sous Staline, la marque "Sovetskoïe champanskoïe" devait désacraliser une boisson bourgeoise en la rendant accessible à tous les prolétaires de l'Union soviétique. Parallèlement, plusieurs républiques avaient aussi lancé leur cognac, ou "koniak". Ces boissons furent produites massivement et vendues à un prix accessible. Mais elles sont devenues par la même occasion synonymes de pâles copies de leurs versions françaises.
 
Après la dislocation de l'URSS, l'appellation "champanskoïe" a perduré, ce qui a commencé à poser problème, en particulier après l'adhésion de Moscou à l'Organisation mondiale du commerce en 2012. Elle reste aujourd'hui associée à une boisson festive et bon marché. Selon l'association russe des producteurs de vins pétillants, les usines du pays peuvent produire jusqu'à 220 millions de bouteilles par an, la grande majorité (216 millions) sur la base d'une méthode de production très différente de celle utilisée en France. Appellation d'origine contrôlée, le terme "champagne" est jalousement défendu par la France, qui rappelle que le vin doit provenir d'un périmètre précis dans la région du même nom pour avoir droit de s'en prévaloir.
La défense de l'appellation Champagne est un combat ancestral des producteurs, qui se sont associés dès 1843 "contre les utilisations trompeuses de producteurs de vins mousseux", rappelle le Comité Champagne sur son site internet. Depuis le milieu des années 80, il a cherché à étendre le champ de protection de l'appellation champagne contre les utilisations parasitaires qui en détournent et affaiblissent la notoriété. Un combat qui a débuté contre une cigarette et qui a notamment mis aux prises les viticulteurs de ce vignoble prestigieux avec un parfum de la maison Yves Saint Laurent.
 


>>> Pourquoi Poutine a déclaré la guerre au champagne 

DÉCRYPTAGE - Moscou réserve l’appellation champagne aux vins russes et déclasse les bouteilles produites entre Reims et Épernay en «vin mousseux». Le gouvernement français demande la suspension de la nouvelle loi le temps de négocier un compromis. [waow, sûr qu'avec une telle fermeté, le gouvernement français va faire plier la Russie. Bientôt l'appel au "dialogue avec la Russie"]

Le figaro

 

 

 

 

 

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