Et elle a bien raison de se sentir lâchée. L'Europe, depuis longtemps, a montré l'étendue de sa mollesse, de sa faiblesse, de sa lâcheté. Pas de raison que ça change, surtout avec une Allemagne aussi hypocrite. Poutine l'a bien compris. Pas raison qu'il cesse de se bidonner des grandes déclarations des dirigeants européens. C'est tout son système, corrompu jusqu'à la moelle, qui sera le vainqueur, et l'Europe le vaincu.
La décision américaine de ne pas sanctionner les acteurs principaux de Nord Stream 2 puis la proposition franco-allemande d’organiser un sommet avec Vladimir Poutine laissent un goût amer à Kiev.
Le président russe, Vladimir Poutine, a accusé, mercredi 30 juin, son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’avoir « abandonné son pays à un contrôle total depuis l’étranger ». « Les questions-clés, vitales pour l’Ukraine, ne sont pas résolues à Kiev mais à Washington. Et, dans une certaine mesure, à Paris et Berlin », a lancé le chef du Kremlin lors d’une émission télévisée. Depuis un mois, l’Ukraine sent pourtant le vent tourner dangereusement en Europe et aux Etats-Unis. Le soutien unanime dont elle avait bénéficié face à Moscou en avril, lorsque 100 000 soldats russes s’étaient massés à ses frontières, a déjà vacillé.
La première alerte est venue de l’autre côté de l’Atlantique. Fin mai, Washington a décidé de renoncer à sanctionner les acteurs principaux de Nord Stream 2, le gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique sans passer par l’Ukraine. Cette mesure, qui lève un obstacle essentiel à sa mise en service, était d’autant plus inattendue que Joe Biden avait entamé sa présidence sur une ligne hostile au pipeline, comme ses prédécesseurs. Mais les Etats-Unis aspirent désormais à nouer une relation pragmatique et stable avec la Russie, loin des turbulences de l’ère Trump.
Ils ne veulent pas non plus prendre le risque de se fâcher avec l’Allemagne, allié-clé et partisan de Nord Stream 2, alors qu’ils ont besoin d’elle pour tenter de rallier l’Europe à une ligne dure face à la Chine, et que le gazoduc est déjà achevé à 95 %. Après s’être vivement opposés à sa construction sous Donald Trump, Washington et Berlin jouent donc l’apaisement. A l’occasion de sa première visite en Allemagne, le 23 juin, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a affirmé sa détermination à obtenir « un résultat final » où « la sécurité énergétique de l’Europe ne sera pas compromise ». L’objectif est de trouver un accord d’ici à août, quand l’administration américaine devra présenter au Congrès un rapport sur le gazoduc, et les sanctions prévues dans ce cadre.
Mesures de compensationDe son côté, Kiev peine à encaisser le choc. « Nous avons été extrêmement déçus », explique-t-on au ministère des affaires étrangères, où la décision américaine a été perçue comme une « trahison ». L’Ukraine, en guerre depuis 2014 dans le Donbass face aux séparatistes prorusses soutenus par Moscou, le répète depuis des années à ses partenaires : Nord Stream 2 représente un danger « extrêmement grave » pour elle. La menace est non seulement économique – cela la priverait d’environ 3 milliards de dollars de revenus annuels liés aux droits de transit – mais aussi et surtout sécuritaire : la Russie n’aurait plus d’obstacle pour lancer une offensive « à grande échelle », assure Kiev. Berlin et Washington discutent actuellement de mesures de compensation pour atténuer les conséquences de l’achèvement du gazoduc, mais les autorités ukrainiennes restent sceptiques. « Comment voulez-vous compenser la sécurité ? », souligne-t-on au ministère des affaires étrangères.
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