lundi 20 septembre 2021

France. Crise des sous-marins (suite, dont la "réaction" de l'UE)

Quand on parle du coup de poignard, on parle des Etats-Unis et de l'Australie, un peu aussi du Royaume-Uni (mais bizarrement la France n'a pas rappelé son ambassadeur à Londres). Il faudrait aussi, même si elle est "hors du coup" ( de poignard), parler de l'Allemagne. Vous savez, cette Allemagne hypocrite, qui fait très égoïstement son business avec Poutine, cette Allemagne qui est pour beaucoup responsable de la division européenne sur bien des sujets (une défense commune par exemple, la lutte contre l'immigration, par exemple), cette Allemagne que les médias français adorent et qui pourtant  a traité ses prétendus partenaires européens souvent plus mal que ses vrais ennemis (bien noter qu'elle a fait et dit  avec : la Russie & Nord Stream 2 ; les tensions entre Turquie et Grèce ; la Pologne ; la Hongrie ) . Eh bien, rappelons que cette Allemagne, sur le sujet des sous-marins a aussi fait pas mal de tort à la France en maniant un dénigrement digne de nos ennemis :  " On soupçonnait en outre TKMS, l'industriel allemand mauvais perdant de la compétition gagnée en 2016 par Naval Group, de dénigrer en sous-main son rival français pour influencer la compétition en cours aux Pays-Bas."  (LaTribune)

Eh bien, je dis que désormais, les Etats-Unis, l'Australie, le R-U, et aussi l'Allemagne, ne sont plus des alliés fiables, mais des pays qu'il faut considérer comme de potentiels lâcheurs, comme de potentiels adversaires, et comme de potentiels menteurs. Cessons la naïveté juridico-commerciale !


>>> Crise des sous-marins : la France a commencé à avoir des doutes sérieux sur le contrat à partir de juin. « Nous avons évoqué la question de l'Indopacifique et des sous-marins à tous les niveaux à partir de juin quand nous avons commencé à avoir des doutes sérieux », a déclaré une source de l'Elysée auprès de Reuters. « Nous en avons parlé au G7. Chaque fois à notre initiative. Les Etats-Unis ne nous en ont jamais parlé d'initiative », a-t-elle ajouté. (LesEchosDirect, 20/09/2021)

>>> Cinq questions sur la rupture du « contrat du siècle » par l'Australie. L'annulation soudaine de ce contrat de plus de 50 milliards d'euros a déclenché la fureur de la France et la colère de la Chine. Les enjeux sont aussi économiques, notamment pour Naval Group, que géopolitiques. Cinq questions sur cette décision inattendue et ses conséquences. LesEchos
>>> Pour satisfaire les Australiens, la France avait même proposé de «réévaluer» le contrat et de fournir des sous-marins nucléaires. Lefigaro
 >>> Ce que la France n’a pas voulu voir Lefigaro
 
Quid de l'Union européenne ?
 
>>> La France obtient le soutien ...tardif  et symbolique  des Européens. (C'est-à-dire que, comme d'hab, l'UE est longue à la détente, molle, et sans réaction autre que verbale) :   "et quatre jours plus tard, l’UE réagit et dénonce le traitement fait à la France", titre l'Obs
>>> Pour Ursula von der Leyen, la France a été traitée de façon" inacceptable". La présidente de la Commission européenne assure vouloir "savoir ce qui s’est passé et pourquoi" HP

>>> Pas très bavarde quant à cette crise, l'UE (et l'hypocrite Allemagne encore moins, elle qui d'ordinaire est très forte pour faire de belles leçons de morale). Cela dit, pour une fois, l'UE semble unie, unie par son silence, unie par absence !
Certes, Le Monde note que "  L’UE fait front aux côtés de la France. Les ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept « ont exprimé clairement leur solidarité à l’égard de la France », « un soutien clair », a déclaré à la presse le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. " .     
Mais hormis Von der Leyen et Borrell (dont le poids est bien faible, comme la Russie l'a montré en l'humiliant en direct), je n'ai pas lu beaucoup de déclarations intéressantes. Quant aux Etats membres , c'est silence radio, voire soutien aux Etats-Unis : "L’Allemagne refuse de soutenir la France dans l’affaire des sous-marins" , titre Euractiv . Voilà qui a le mérite d'être clair ! "Le Danemark a lui décidé de se ranger du côté des États-Unis dans ce conflit, la première ministre danoise Mette Frederiksen déclarant qu’elle « ne comprend pas » les réactions véhémentes de Bruxelles et de Paris".
 
>>> L'accord commercial UE-Australie sur la sellette
Sur le papier, la Commission détient le pouvoir de diriger et de finaliser les négociations commerciales engagées en 2017 avec l'Australie. Mais politiquement, la France a tout le loisir de bloquer un accord de libre-échange. Elle l'a souvent fait ces dernières années. LesEchos
 
>>>  Les Européens passeront-ils de la parole aux actes? Les dirigeants de l'UE ont exprimé lundi un soutien symbolique à Paris. Mais des incertitudes demeurent quant à la suite à donner aux événements.  LExpress
Eh oui, ce journaliste de l'Express connaît bien l'UE, ce machin, très fort en déclaration, beaucoup moins en actes, surtout en actes contre les forts
 

Les anglais

>>> Affaire des sous-marins. Et si la torpille était anglaise ? Dans la crise des sous-marins australiens, Paris réserve un traitement spécial au Royaume-Uni. Peut-être parce que Londres a manœuvré en faveur de ses intérêts militaires. (OuestFrance)

>>> Crise des sous-marins : une rencontre entre ministres français et anglais de la Défense annulée (LeFigaro)

>>> L'attitude de Londres jette une ombre sur l'axe militaire franco-britannique. En signant le pacte de sécurité Indo-Pacifique, le Royaume-Uni est partie prenante de ce que la France a appelé le « coup dans le dos » de l'Australie. Ceci interroge sur l'avenir du traité de Lancaster House qui scelle depuis 2010 la coopération militaire franco-britannique, même si Boris Johnson la qualifie de « solide comme la pierre ». LesEchos


L'Australie

>>> Sous-marins : l'Australie en eaux très troubles. L'Australie, qui se livre pieds et poings liés aux Etats-Unis, devra gérer sur le plan de la politique intérieure, industriel et diplomatique sa décision de participer au pacte AUKUS et de se doter de sous-marins à propulsion nucléaire. (LaTribune)

>>> L'ancien premier ministre australien critique la volte-face de son pays (Lefigaro)

>>> « La décision de Canberra sur les sous-marins aggrave les tensions stratégiques en Asie du Sud-Est » : l’avertissement de Kevin Rudd, ancien premier ministre australien.  Kevin Rudd, l’ancien premier ministre australien signataire de l’accord stratégique entre Paris et Canberra, critique, dans une tribune au « Monde », la volte-face de son gouvernement dans l’achat de sous-marins. Outre le non-respect du protocole diplomatique, cette décision affecte, selon lui, les efforts pour forger une stratégie commune face à la Chine. Lemonde


ET ENSUITE... QUE FAIRE ?

>>> ENTRETIEN. Sous-marins : il faut « une réflexion collective des Européens » selon Jean-Yves Le Drian. Le ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian estime, dans un entretien accordé à Ouest-France, que la France et ses partenaires doivent désormais examiner les conséquences stratégiques de l’accord américano-australien sur nos alliances et sur la stratégie indo pacifique. (OuestFrance)

Il faut « une réflexion collective des Européens » selon Jean-Yves Le Drian
Oui, c'est ce qu'il faudrait faire. On le sait bien. La "réflexion", ça fait longtemps qu'elle a commencé ! Aujourd'hui, il serait préférable de parler d'action plutôt que de réflexion.
L'affaire de l'annulation du contrat des sous-marins à l'Australie n'est qu'un autre élément s'ajoutant à bien d'autres montrant la nécessité d'une Défense européenne. La France appelle de ses voeux une Défense commune depuis bien des années. Le seul problème, c'est qu'en Europe, il y a bien peu d'Etats membres de l'UE qui soient enthousiastes à une armée européenne. Le problème, c'est que chacun a ses intérêts propres et sont soumis à des menaces d'ordre différent. Deux exemples.
Exemple 1. La menace russe en est une pour la Pologne et les pays baltes. Pas pour l'Allemagne ni pour la France. Existe-t-il néanmoins une solidarité de l'Europe de l'ouest pour l'Europe de l'est face à cette menace ? Non, ou si faible qu'elle en est ridicule. En revanche, pour ce qui est du blabla, l'Europe de l'ouest est très forte !
Exemple 2 : la menace islamiste, et les opérations contre les islamistes en Afrique (se souvenir des jours ayant suivi les attentats en France) : exist-t-il une solidarité de l'Allemagne ou de la Pologne pour soutenir la France en opération extérieure en Afrique ? Non, ou elle si si faible qu'elle en est ridicule (noter que les pays Baltes, en revanche, participent...)
Alors, pour ma part, j'ai acquis la conviction que la défense européenne ne se fera pas. C'est regrettable. Comme le Brexit était regrettable. Mais il faut en prendre acte... Et commencer à déconstruire l'UE, pour repartir avec les volontaires, même peu nombreux, sur de bonnes bases.

>>> Crise des sous-marins : la question existentielle posée à la France. Les Etats-Unis ont désigné la Chine comme leur rival stratégique du XXIe siècle. Que peut, que doit faire, la France, qui s’est souvent définie comme une « puissance d’équilibre », dans la nouvelle guerre froide qui se dessine dans la zone « indo-pacifique » ? (L'Obs)

>>> Sous-marins australiens: après la colère, que fera la France?  L’isolement de la France lui donne peu de leviers pour s’opposer à la réaffirmation brutale du leadership américain.
(...) Une grosse colère et puis après ? Il est fort à parier que tout rentrera dans l’ordre transatlantique, une fois l’annulation du contrat australien (mal) digérée par la France. Lopinion

L'option de l'Inde en tant que nouveau partenaire :
>>> Emmanuel Macron et Narendra Modi veulent «agir conjointement» en Indo-Pacifique.  Lefigaro
>>> Face à l’axe anglo-saxon, Paris se tourne vers l’Inde : une stratégie périlleuse ?
Snobée par le trio États-Unis, Royaume-Uni et Australie dans l’affaire des sous-marins Naval Group, la France entend renforcer son partenariat avec les Indiens. Une posture compréhensible dans l’environnement éco-stratégique de l’Indo-Pacifique mais qui est périlleuse elle aussi. (OuestFrance)
Périlleuse peut-être, mais on s'en fout. Il faut avoir de l'audace dans ce bas monde


>>> Sous-marins australiens : La France doit investir en Indo-Pacifique si elle ne veut pas sortir de l'Histoire
Le groupe Mars ne pouvait pas ne pas évoquer la cruelle désillusion que vient de subir la France sur le plan diplomatique de la part de trois de ses plus grands alliés hors Union européenne : l'annulation de la vente de 12 sous-marins franco-américains par l’Australie au profit des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Il incite le prochain président français à revisiter la stratégie de la France en Indo-Pacifique et le pousse à y investir beaucoup plus. "C'est dans l'Indo-Pacifique que se situent les enjeux de demain, c'est là que la France doit investir si elle ne veut pas sortir de l'Histoire", estime le groupe de réflexions Mars

Un mois jour pour jour après la chute de Kaboul, l'Australie resserre spectaculairement son alliance navale avec les Etats-Unis qui n'ont de cesse depuis quelques années de redéfinir le cadre global de leurs partenariats régionaux. Voilà ce qui s'appelle de la « vision », pour employer un anglicisme loin d'être synonyme de lucidité ! Naturellement, l'élaboration du pacte AUKUS a commencé, dans le plus grand secret, avant l'été.

Un programme déjà sur la sellette

Chacun avait compris, en France, depuis le début de l'année que, pour des raisons stratégiques et de politique intérieure australienne, la poursuite du programme de sous-marins de classe océanique « Future Submarine Program » était compromise. Entre les parties au contrat, la confiance était difficile à bâtir, le maître d'œuvre reprochant au client d'incessantes modifications de l'expression du besoin, tout en constatant la faiblesse de la sous-traitance locale, et le client dénonçant une dérive des coûts, essentiellement due aux modifications du cahier des charges.

On soupçonnait en outre TKMS, l'industriel allemand mauvais perdant de la compétition gagnée en 2016 par Naval Group, de dénigrer en sous-main son rival français pour influencer la compétition en cours aux Pays-Bas. Mais manifestement, personne en France n'avait imaginé un revirement australien d'une telle ampleur, ce qui nécessitera un examen minutieux des responsabilités industrielles et étatiques d'un tel fiasco.

En termes stratégiques et industriels, le partenariat proposé par Paris à Canberra depuis 2016 était présenté « gagnant-gagnant ». En s'engageant sur le très long terme à doter l'Australie en pleine souveraineté d'une force sous-marine océanique construite localement, sur un design français et avec un système de combat américain, la France donnait un gage tangible d'investissement au cœur de la zone Indo-Pacifique. En y renonçant, de la façon la plus rude et la plus spectaculaire, qui soit, le pouvoir en place à Canberra ne gagne peut-être pas autant qu'il l'espère.

Australie, une perte de souveraineté

L'Australie renonce dans les faits à acquérir une capacité industrielle de haute technologie et se place en position d'allié extrêmement dépendant vis-à-vis des Etats-Unis. On laisse le soin à l'opinion australienne de mesurer la pertinence d'un tel choix à la lumière des évènements d'Afghanistan et de l'affaiblissement tendancielle de l'influence américaine dans toute la région Asie-Pacifique.

Le Premier ministre australien justifie son revirement par un « changement de besoin » et d'environnement stratégique. De fait, le programme de sous-marins conventionnels de la classe Attack est remplacé par un projet de SNA (sous-marin nucléaire d'attaque), dont on se demande si le pouvoir australien a mesuré toutes les implications humaines et opérationnelles. D'abord, les Etats-Unis vendront ainsi pour la première fois leur technologie navale. Une fois passé l'instant de stupeur, on comprend que le futur SNA australien sera sans doute à la sous-marinade ce que le F35 est à l'aviation de combat, avant tout une arme de guerre économique.

Ensuite, l'Australie, qui ne dispose d'aucune base industrielle et technologique en marine militaire et encore moins dans le nucléaire civil, est parfaitement incapable de construire elle-même un sous-marin océanique à propulsion nucléaire. Ce sera donc un « achat sur étagère » pour lequel les Etats-Unis garderont « les clés du camion », non seulement pour la conception et la réalisation du système d'armes, mais aussi pour son entretien et son emploi opérationnel. L'Australie pourra difficilement utiliser ses sous-marins de manière autonome. Ce revirement a donc pour conséquence de faire de la Royal Australian Navy une sorte de IXe flotte de l'US Navy.

Enfin, ç'en est définitivement fini, au-delà des échanges de renseignement, de l'ANZUS, la vieille alliance américano-australienne élargie à la Nouvelle-Zélande, qui a d'ores et déjà refusé de recevoir les futurs SNA australiens à cause de leur propulsion nucléaire. Les stratégies politiques de Canberra et Wellington poursuivent ainsi leur lente divergence, l'Australie entendant jouer un rôle global à l'échelle de l'Asie-Pacifique, participer activement à l'endiguement de la montée en puissance de la Chine, la Nouvelle-Zélande se montrant quant à elle plus attentive aux préoccupations de ses voisins du Pacifique insulaire et en premier lieu du Triangle polynésien.

L'Australie devient une puissance nucléaire

Plus grave, l'Australie devient de fait une puissance nucléaire, potentiellement dotée de l'arme nucléaire, car il n'existe pas à ce jour d'Etat doté de SNA qui ne soit également une puissance nucléaire. Les SNA ne sont pas des SNLE, aptes à tirer des missiles balistiques, mais ils peuvent tirer des missiles de croisière (comme le Barracuda français dont l'Attack était une version conventionnelle dérivée), potentiellement porteurs de têtes nucléaires. Donc l'Australie devient légalement une cible pour une autre puissance nucléaire. On voudrait être sûr que les Australiens aient bien mesuré les risques.

« C'est la première fois dans l'histoire qu'un pays vend un sous-marin nucléaire à un État non nucléaire. La France, elle, s'était toujours refusée à transférer cette technologie, et c'est tout à son honneur. En termes de lutte contre la prolifération, les Américains vont devoir assumer leur choix » (Bruno Tertrais, FRS). La doctrine française de non-prolifération devra-t-elle évoluer pour rester dans la compétition ?

Quelles conséquences pour la France

La France a également beaucoup à perdre du fait de la décision surprise australienne. Du côté de Naval Group, qui a simplement fait part de sa « grande déception », il s'agit moins d'une catastrophe industrielle que d'une perte de chance en termes d'image, car le « contrat australien » donnait à l'ex-DCN une stature internationale incontestable. Du point de vue financier, Naval Group va à présent devoir négocier âprement les conditions de dédit du client, et cela avec un soutien fort et efficace de l'État. Or l'investissement dans la création ex-nihilo du chantier d'Adélaïde a eu un coût que le client devra rembourser. Compte tenu des efforts déployés pour mobiliser le tissu industriel local, la facture sera aussi politique pour le pouvoir australien. Mais en termes purement industriels, la perte pour Naval Group doit être mesurée à sa juste valeur. Le « contrat australien » permettait cependant de maintenir les compétences entre le programme Barracuda et celui du SNLE de 3e génération. Le client français devra sans doute pallier la défection australienne, mais cela ne paraît pas insurmontable.

En revanche, le camouflet est cinglant pour la diplomatie française. La réaction virulente du communiqué commun des ministres français chargés de la défense et des affaires étrangères en atteste : « C'est une décision contraire à la lettre et à l'esprit de la coopération qui prévalait entre la France et l'Australie, fondée sur une relation de confiance politique comme sur le développement d'une base industrielle et technologique de défense de très haut niveau en Australie.Le choix américain qui conduit à écarter un allié et un partenaire européen comme la France d'un partenariat structurant avec l'Australie, au moment où nous faisons face à des défis sans précédent dans la région Indopacifique, que ce soit sur nos valeurs ou sur le respect d'un multilatéralisme fondé sur la règle de droit, marque une absence de cohérence que la France ne peut que constater et regretter ». Le rappel des ambassadeurs à Canberra et Washington en attestent également.

A quoi la presse britannique répond (en français) : « C'est la vie ». Au-delà de la boutade, la France ne peut que regretter une nouvelle conséquence du Brexit. Le Royaume-Uni de Boris Johnson fait ainsi payer à la France l'attitude de MM. Barnier et Macron, qui ont, chacun de leur côté, tout fait pour enfermer les Britanniques dans leurs propres contradictions afin de « faire un exemple » et étouffer tout autre tentative de sortie de l'UE. Il est illusoire de construire quoi que ce soit en s'aliénant les Britanniques. Qu'on le veuille ou non, nos destins sont liés. Boris Johnson, qui est sans doute la cheville ouvrière de cette « perfidie » digne des meilleurs romans de John Le Carré, tient ici sa vengeance.

Sur le plan stratégique, son association au nouveau projet n'apportera cependant pas à la Grande-Bretagne le regain d'influence que fait miroiter son projet de « Global UK ». L'influence politico-militaire du Royaume Uni en Asie-Pacifique n'a pas cessé de se rétrécir depuis son retrait en 1971 de l'est de Suez. Plus que jamais, les Britanniques apparaîtront aux acteurs clés de la région, y compris les Australiens eux-mêmes, que comme inféodés aux Etats-Unis et ayant peu de moyens d'agir en propre dans la région.

Quant au citoyen français, il déplorera une nouvelle fois l'effet calamiteux d'une communication politique qui a la fâcheuse habitude de « vendre la peau de l'ours » et à s'exprimer avec emphase sur les partenariats stratégiques. Le « contrat du siècle » suit en cela l'exemple de l'échec brésilien du Rafale dû aux tartarinades de M. Sarkozy il y a une douzaine d'années.

Indo-Pacifique : la France doit y investir pour exister

Plus profondément, ce que révèle le revirement australien, à supposer qu'il ne soit pas uniquement dicté par l'intérêt personnel du Premier ministre Scott Morrison, c'est le manque de crédibilité politico-militaire de la France en tant que puissance l'Indo-Pacifique. C'est un échec pour le président Macron, mais aussi un défi pour son successeur.

Comment fidéliser le client australien quand on méprise ses capacités industrielles, alors même qu'elles sont détenues par la filiale locale d'un grand groupe français ? Si la France avait pris au sérieux ses propres engagements dans le partenariat stratégique avec l'Australie, elle aurait au moins testé le fusil d'assaut F90 et acheté sur étagère quelques petits blindés (Hawkei ou Bushmaster) dont les soldats de Barkhane auraient fait le meilleur usage face à la menace IED (engins explosifs improvisés). La France aurait également donné suite au projet de création d'une filière nationale de munitions de petit calibre qu'il était prévu de transférer d'Australie. Il faut être soi-même cohérent avant de dénoncer la supposée incohérence de ses partenaires.

Le problème du « en même temps » de la politique étrangère et de défense française depuis 2017, c'est qu'il n'était ni sincère ni équilibré. L'exécutif pensait qu'un peu de communication suffirait à accréditer la posture gaullienne d'une France aux ambitions mondiales, alors que les actes et les grandes décisions allaient vers toujours plus d'intégration européenne. Le camouflet australien a au moins pour vertu de faire prendre conscience que la subtilité du « en même temps » est en réalité inconsistante. Nos partenaires avaient besoin de preuve d'engagement, pas de belles déclarations. Le bilan de ce « en même temps » ressemble à un échec sur toute la ligne. Ce sera plus facile pour le prochain chef des armées de choisir la seule voie raisonnable, celle d'une France dont les intérêts et les ambitions ne se résument pas à devenir le second en Europe. C'est dans l'Indo-Pacifique que se situent les enjeux de demain, c'est là que la France doit investir si elle ne veut pas sortir de l'Histoire.

« Darwin 2026 » sera-t-il le "Suez 1956" de l'Australie ?

Il en va de l'Australie comme des pays baltes. Il faut respecter leur sentiment d'insécurité, stimulé par le souvenir d'une Histoire tragique au XXe siècle, même si on ne le partage pas nombre de leurs excès d'analyse et de langage. Et si on ne partage pas le cœur même de leurs préoccupations stratégiques et de sécurité, c'est qu'on n'est pas vraiment riverain... Les craintes australiennes vis-à-vis de la Chine ne sont pas injustifiées. Sans aller jusqu'à une improbable invasion terrestre, on peut imaginer un chantage sur les voies d'approvisionnement maritimes et le développement de capacités de projection à ses portes mélanésiennes notamment.

C'est bien pourquoi l'Australie a besoin d'une marine océanique. Que celle-ci soit intégrée à l'US Navy, c'est, du point de vue australien, un moindre mal par rapport à un partenariat stratégique avec la France, petite nation des antipodes dont les 2 millions de ressortissants de la région Indo-Pacifique, 7.000 militaires stationnés dans la zone et son demi-porte-avions pèsent bien peu face à l'Armée populaire de libération et sa composante navale. De ce point de vue, le partenariat stratégique franco-australien de 2012, aujourd'hui caduc, aurait eu davantage de consistance si la France avait une base sur le sol australien, comme c'est le cas aux Émirats arabes unis. Or l'US Marine Corps dispose d'installations permanentes à Darwin, au nord de l'île.

A l'inverse, l'Australie se place ainsi en situation de devoir un jour être trahie par son protecteur. « Suez 1956 » sera peut-être « Darwin 2026 » au XXIe siècle. C'est un risque que les Australiens refusent aujourd'hui de prendre en considération. A charge pour la diplomatie française post-2022 de convaincre de sa pertinence. Mais il faudra pour cela disposer d'un outil militaire autrement plus crédible que l'armée « échantillonnaire » sortie éreintée de la « révision générale des politiques publiques » (RGPP) mise en œuvre sous la présidence Sarkozy, en particulier dans nos Outre-mer.

Grand export : de moins en moins une solution

Avec l'affaire du « contrat du siècle » qui se termine comme la fable de la laitière et du pot au lait, la France devrait comprendre que le « grand export » est de moins en moins une solution pour le maintien de la base industrielle et technologique française de défense. Il convient de ne compter, pour l'équilibre financier d'un programme d'équipement, que sur la commande nationale, éventuellement élargie aux partenaires européens dans le cadre d'une coopération portant sur l'intégralité du développement d'un système.

C'est pourquoi l'idée d'une commande publique européenne réservée aux fournisseurs européens devrait faire son chemin dans le cadre de l'Union Européenne de défense : un défi pour la présidente Ursula Von der Leyen. Sinon, l'effort de défense européen, tel celui de Canberra, ne servira qu'à accroître davantage la dépendance de l'Europe vis-à-vis d'un protecteur américain de plus en plus cupide et de moins en moins fiable. La France a besoin d'un environnement stable et sûr en Europe pour déployer son pavillon et promouvoir ses valeurs à l'échelle du monde.

                ------------------------------------------------------------------------------------

(*) Le groupe Mars, constitué d'une trentaine de personnalités françaises issues d'horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l'industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.





Ce que pourrait (devrait) faire l'industrie française ?
 
>>>   Investir en Chine, développer des partenariats commerciaux avec la Chine. Bien sûr, ça ne plairait pas aux Etats-Unis ni au R-U . Mais "c'est la vie" , comme dirait les britanniques lorsque l'Australie rompt son contrat avec les sous-marins français pour se tourner vers les Etats-Unis.
Pourquoi c'est le bon moment d'investir en Chine
Entretien. La Chine ne fait plus rêver les investisseurs. Les fonds d’actions mondiaux ont sensiblement réduit leur exposition à la Chine et à Hong Kong sur fond de répression réglementaire, notamment sur le secteur de la technologie. Et les difficultés croissantes du géant de l’immobilier Evergrande, qui pourrait être en défaut sur certaines souches de sa dette obligataire dès ce lundi, font craindre une faillite retentissante et des conséquences en cascade sur le marché de crédit et le secteur bancaire chinois. Pourtant, Michel Audeban, directeur général de Gemway Assets, une société de gestion spécialisée sur les émergents et la Chine en particulier, ne croit pas au scénario catastrophe et plaide à nouveau pour un retour sur les marchés chinois qui offre, selon lui, toujours de belles opportunités d’investissement. Il livre, au passage pour La Tribune, son analyse des récents évènements, notamment dans le domaine de la réglementation, et explique pourquoi le ciel est en train de se dégager en Chine. (LaTribune)

>>> L’Inde regarde, elle, vers les sous-marins nucléaires français
Depuis plusieurs années, le gouvernement indien planche sur une modernisation de sa flotte.
La gifle australo-américaine à la France dans le contrat des sous-marins n’est pas passée inaperçue en Inde. Une idée fait son chemin parmi les analystes de la capitale: New Delhi doit saisir l’occasion pour pousser la France à transférer sa technologie en matière de submersibles, en particulier dans la propulsion nucléaire. «Après le revers qu’elle vient de subir, la France sera peut-être beaucoup plus ouverte sur cette question. L’accord Aukus a montré que les pays de la zone indo-pacifique qui souhaitent contenir la présence chinoise doivent mettre en place une coopération dans les hautes technologies», pointe Harsh Pant, analyste à l’Observer Research Foundation, un centre de recherche de New Delhi connu pour sa proximité avec le ministère des Affaires étrangères. LeFigaro



____________________________________________
 
Petite consolation (mais attention : dorénavant, un contrat signé avec l'Australie doit être considéré avec prudence, et non pas avec confiance ) :

>>> En pleine crise entre Paris et Canberra, Alstom signe un contrat avec Melbourne .  Le torpillage du « contrat du siècle » n'a pas coupé tous les liens commerciaux entre la France et l'Australie : Alstom a annoncé lundi avoir signé un contrat de 300 millions d'euros avec la ville de Melbourne pour la fourniture de 25 trains de banlieue nouvelle génération. LesEchos

Des sommes "riquiqui" au regard des sommes en jeu avec les sous-marins ...

Tout de même, en matière de trains, l'industrie française semble bien se porter : 
 " fort de l'apport des trains Bombardier dans son portefeuille de produits suite au rachat du canadien, en dépit d'une intégration complexe, Alstom enchaîne les ventes en 2021. Le constructeur vient de signer une nouvelle commande en Allemagne de près d'un demi-milliard d'euros. Celle-ci intervient après un franc succès en Italie en août, et un autre au Danemark en juin. Le constructeur français a également été sélectionné pour fournir 36 rames de métro à la ville de São Paulo, au Brésil " (LaTribune)

______________________________________________________


>>> Sous-marins australiens : le programme franco-britannique de missiles de croisière en suspens
Selon des sources concordantes, la France et la Grande-Bretagne devaient signer en septembre lors d'une rencontre entre Florence Parly et son homologue britannique Ben Wallace, qui a été reportée, un protocole d'accord pour la poursuite du programme de missiles de croisière et anti-navire FMAN/FMC (futur missile antinavire / futur missile de croisière). LaTribune

>>> Armement : les trois coopérations cruciales entre la France et la Grande-Bretagne
En dépit d'un axe franco-germanique, Paris poursuit des coopérations essentielles avec Londres, notamment dans le nucléaire et les missiles de croisière. Des programmes qui restent toutefois à confirmer et lancer. L'année 2021 sera déterminante. LaTribune

Après le Brexit, il semblerait pertinent de revoir ces trois coopérations, pourquoi pas en les réduisant au strict minimum.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire