L'Europe ne peut plus compter sur l'Amérique pour la défendre, et les Britanniques le savent. Comme l'explique notre chroniqueur Dominique Moïsi, la France et la Grande-Bretagne sont condamnées à s'entendre, en dépit du Brexit. Pourtant, les deux nations se comportent comme des enfants turbulents.
C'était il y a vingt-trois ans, en décembre 1998 : une éternité. Dans la cité corsaire de Saint-Malo, Français et Britanniques venaient de s'entendre sur une « Déclaration commune » en matière de défense européenne. En décembre 2021 c'est peu de dire que « l'esprit de Saint-Malo » semble bien loin. Et pourtant le raisonnement qui poussa les Britanniques à s'engager avec les Français sur les questions de défense est d'une troublante actualité.
Comment et pourquoi le Royaume-Uni avait-il fait une telle concession à l'Europe, lui qui privilégiait de manière quasi systématique « le grand large », c'est-à-dire l'alliance avec les Etats-Unis ? Quelques jours à peine après la déclaration de Saint-Malo, je m'en étais entretenu avec un de mes amis anglais qui avait joué un rôle clé dans la négociation. Sa réponse tenait en deux points. « Qui sait ? me disait-il, si l'Europe pourra encore compter sur l'Amérique dans vingt ans ? Et la Russie redeviendra peut-être ce qu'avait été l'URSS, sinon l'Empire russe avant elle, c'est-à-dire une menace ? »
>>> 30/12/2021. Brexit: «Ratés au démarrage»
L’éditorial du Figaro, par Philippe Gélie.
L’indépendance se paye toujours cher. Les Britanniques en font l’expérience depuis un an que le Brexit est devenu réalité. Au moment de larguer les amarres, Boris Johnson leur avait fait miroiter un horizon radieux: une «Global Britain» voguant à la vitesse d’un «Singapour-sur-Tamise», un État rendu agile par une cure d’amaigrissement bureaucratique, une économie de hauts salaires et de forte productivité dynamisée par un contrôle strict de l’immigration, des accords commerciaux internationaux à ne plus savoir qu’en faire… Pour l’instant, les sujets de Sa Majesté n’ont récolté qu’une croissance anémique, des pénuries de main-d’œuvre et d’approvisionnement, des complications douanières pénalisant le commerce, des relations de voisinage tendues… et l’on attend toujours le tapis rouge du libre-échange que devaient dérouler les États-Unis et les démocraties d’Asie. Lefigaro
>>> Macron-Johnson : retrouver une relation de confiance
« Toutes les conditions sont réunies pour que les relations entre Londres et Paris soient les plus difficiles possibles au cours des prochains mois », analyse Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’Institut Montaigne.
Un Premier ministre britannique sur la défensive, de plus en plus
critiqué et isolé au sein de son propre parti. Un Président français sur
l’offensive, qui sera sans doute candidat à sa propre succession.
Toutes les conditions sont réunies pour que les relations entre Londres
et Paris soient les plus difficiles possible au cours des prochains
mois. Lorsque l’affrontement sur les questions migratoires prendra sa
pleine dimension, c’est avec nostalgie que l’on se souviendra des
tensions sur la pêche.
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