dimanche 29 mai 2022

Vendredi 27 mai 2022. Quatre-vingt-treizième jour de guerre

 Lives : du Monde / de RFI



>>> Ce qu’il faut savoir au soir de ce 93ᵉ jour de guerre en Ukraine

  • L’armée russe avance dans le Donbass, où les frappes sont permanentes. L’état-major de la défense territoriale de l’autoproclamée « république » séparatiste prorusse de Donetsk a revendiqué avoir pris le « contrôle complet » de la ville de Lyman avec « l’appui » des forces armées russes. Ni l’armée ukrainienne ni l’armée russe n’ont réagi à cette annonce mais la prise de cette ville, important nœud ferroviaire, ouvrirait aux Russes la route vers les centres régionaux de Sloviansk, puis Kramatorsk, tout en contribuant à l’encerclement de l’agglomération formée par les villes de Sievierodonetsk et Lyssytchansk, plus à l’est.
  • Après plusieurs semaines de pilonnage sur Sievierodonetsk, l’encerclement de cette ville semble près d’être achevé. Un responsable policier de la république séparatiste prorusse de Louhansk a affirmé vendredi que la ville était encerclée et que les troupes ukrainiennes ont perdu toute possibilité d’en sortir. Le chef de l’administration ukrainienne de la ville, Oleksandr Striouk, a cependant démenti un encerclement total, tout en reconnaissant une situation « très difficile ». « Près des deux tiers du périmètre de la ville sont occupés par l’ennemi, mais elle n’est pas encerclée », a-t-il précisé, ajoutant que « 90 % des immeubles résidentiels » de la ville avaient été endommagés. Entre 12 000 et 13 000 habitants seraient toujours dans la ville, et les autorités évoquent un bilan de 1 500 morts depuis le 24 février, comprenant les personnes mortes de maladie ou du fait d’un manque de médicaments.
  • Des villes ukrainiennes sont bombardées hors du Donbass. Des missiles russes ont visé vendredi une installation militaire de la grande ville de Dnipro, dans le centre-est de l’Ukraine, sur le fleuve Dniepr, selon les autorités locales. « On déplore une dizaine de morts et entre 30 et 35 blessés », a déclaré à une chaîne locale Guennadi Korban, responsable de la défense de la ville, laissant entendre que les victimes étaient toutes militaires.
  • Les autorités ukrainiennes ont à nouveau réclamé davantage d’armes aux Occidentaux pour contrer cette offensive. « Certains partenaires évitent de donner les armes nécessaires par peur de l’escalade. Escalade, vraiment ? La Russie utilise déjà les armes non nucléaires les plus lourdes, brûle les gens vivants. Peut-être qu’il est temps (…) de nous donner des [lance-roquettes multiples] MLRS ? » a tweeté Mykhaïlo Podoliak, conseiller de la présidence ukrainienne. Outre les M-270 MLRS, l’Ukraine réclame des Himars (High Mobility Artillery Rocket System, lance-roquettes multiple monté sur un camion), tirant les mêmes munitions. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a plaidé pour que les Occidentaux fournissent ce type d’armes à Kiev, tandis que Washington a dit « étudier » cette demande.
  • Un premier rapport indépendant alerte d’un « risque sérieux et imminent » de génocide en Ukraine. Le rapport, signé par plus de trente universitaires et experts de premier plan, accuse la Russie de violer plusieurs articles de la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, appuyant ces accusations sur plusieurs exemples de meurtres de civils de masse, de déplacements forcés et de déshumanisation du peuple ukrainien.
  • Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), plus de 4 000 civils sont morts depuis le début de la guerre en Ukraine. Le HCDH, qui établit ses bilans provisoires sur la base des seules informations qu’elle a pu vérifier et recouper concernant chaque victime, prévient que le bilan réel est « bien plus élevé ».
  • L’Eglise orthodoxe ukrainienne, jusqu’ici rattachée au patriarcat de Moscou, a annoncé rompre avec la Russie. « Nous ne sommes pas d’accord avec le patriarche moscovite Kirill (…) en ce qui concerne la guerre en Ukraine », a expliqué dans un communiqué cette Eglise orthodoxe, à l’issue d’un concile consacré à « l’agression » contre l’Ukraine, qui a prononcé « la pleine indépendance et l’autonomie de l’Eglise orthodoxe ukrainienne ».

 


 

22:43 En Ukraine, la CPI a déployé la plus grande équipe d’enquête jamais envoyée sur le terrain par la Cour

 

21:41 La Russie prévoit 1 000 milliards de roubles de revenus en plus issus de ses exportations d’hydrocarbures en 2022

A trois jours d’un sommet des membres de l’Union européenne qui peinent encore à s’entendre sur un embargo sur le pétrole russe, la déclaration a des allures de provocation. La Russie devrait recevoir 1 000 milliards de roubles (13,7 milliards d’euros) supplémentaires issus de ses exportations d’hydrocarbures en 2022, dont une partie pourra être allouée à la poursuite de la guerre qu’elle mène en Ukraine, a déclaré le ministre russe des finances, Anton Silouanov.

« Si, avant, nous placions une partie de cet argent issu du pétrole et du gaz dans nos réserves, cette année, il sera complètement dépensé, a-t-il insisté. Il permettra de payer plus les retraités, les familles avec enfants, et de mener l’opération spéciale » en Ukraine.

La Russie engrange actuellement des recettes record pour ses ventes d’hydrocarbures, encore largement exemptes des sanctions imposées à Moscou pour son invasion de l’Ukraine, grâce notamment à un prix du gaz très élevé. Les Etats membres de l’Union européenne s’efforcent de réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes, mais la Hongrie bloque toujours le projet d’embargo pétrolier.

 

 

20:30 Le Kremlin n’aurait pas renoncé à prendre Kiev 

Après le Donbass, Kiev ? Selon le site d’information indépendant Meduza, malgré son échec au début de l’invasion, le Kremlin envisage toujours de prendre Kiev, après avoir réussi à s’emparer de toute la région du Donbass. Ce que les forces russes semblent effectivement sur le point d’accomplir. Pour Moscou, le minimum pour déclarer la victoire est la prise complète de la région du Donbass, et l’objectif maximum serait la prise de Kiev.

Selon Meduza, Moscou pense remporter une guerre d’usure face à Kiev et ses alliés occidentaux, et Vladimir Poutine mise sur une victoire à l’automne. Pour réussir, la Russie mise sur la lassitude des Occidentaux et leur inquiétude quant à leurs approvisionnements en énergie à l’approche de l’hiver.

 

 20:17 L’Eglise orthodoxe ukrainienne rompt avec la Russie

L’Eglise orthodoxe ukrainienne, jusqu’ici rattachée au patriarcat de Moscou, a annoncé rompre avec la Russie après que cette dernière a envahi l’Ukraine. « Nous ne sommes pas d’accord avec le patriarche moscovite Kirill (…) en ce qui concerne la guerre en Ukraine », a expliqué dans un communiqué cette Eglise orthodoxe, à l’issue d’un concile consacré à « l’agression » contre l’Ukraine, qui a prononcé « la pleine indépendance et l’autonomie de l’Eglise orthodoxe ukrainienne ».

La branche moscovite de l’Eglise orthodoxe ukrainienne était jusqu’ici subordonnée au patriarche russe, Kirill, qui a clairement exprimé son soutien à l’offensive du président russe Vladimir Poutine contre l’Ukraine. « Le concile condamne la guerre, qui est une violation du commandement de Dieu “Tu ne tueras point”, et exprime ses condoléances à tous ceux qui souffrent à cause de la guerre », ajoute le communiqué.

Selon l’Eglise orthodoxe ukrainienne, ses relations avec sa direction moscovite étaient « compliquées ou inexistantes » depuis que la loi martiale a été déclarée en Ukraine. Cette initiative est le second schisme orthodoxe en Ukraine en quelques années. Une partie de l’Eglise ukrainienne avait déjà rompu avec Moscou en 2019 à cause du rôle du Kremlin dans le pays.

 

12:37 Un premier rapport indépendant alerte d’un « risque sérieux et imminent » de génocide en Ukraine par la Russie

Au lendemain des accusations de « génocide » dans le Donbass, portées par le président ukrainien, un premier rapport indépendant alerte d’un « risque sérieux et imminent » de génocide en Ukraine. L’étude, dont la chaîne américaine CNN a eu une copie avant publication, a été menée par un think tank américain, l’institut New Lines, et le Centre pour les droits humains Raoul Wallenberg, sis au Canada.

Le rapport, signé par plus de trente universitaires et experts de premier plan, accuse la Russie de violer plusieurs articles de la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, appuyant ces accusations sur plusieurs exemples de meurtres de civils de masse, de déplacements forcés et de déshumanisation du peuple ukrainien. Selon Azeem Ibrahim, de l’institut New Lines, à CNN :

[Les experts ont mené] un examen très minutieux et détaillé de très nombreuses preuves. Ce que nous voyons jusqu’ici, c’est que cette guerre est génocidaire par nature, notamment par les mots employés et la manière dont ils sont utilisés. C’est très, très clair.

Le groupe compare même la situation en Ukraine au massacre de Srebrenica, en 1995, appelant le monde à empêcher un génocide. « Les détails du massacre de plus de 7 000 Bosniaques à Srebrenica sont apparus aux yeux de la communauté internationale quand il était trop tard pour empêcher un génocide. En 2022, nous avons les capacités de pister des atrocités similaires et d’y répondre en conséquence », note le rapport.

En plus de nier à l’Ukraine le droit d’exister comme un Etat indépendant et d’employer un vocabulaire déshumanisant pour parler des Ukrainiens, la Russie se rend coupable, selon le rapport, d’« atrocités à l’encontre des civils ukrainiens, en tant que groupe ».

Les massacres documentés et les exécutions de civils à Boutcha, ainsi que dans les régions de Soumy et de Tchernihiv, les attaques délibérées de la Russie sur des abris, des routes d’évacuation et des établissements de soins, aussi bien que les frappes et bombardements de zones résidentielles, les viols, sièges, vols de céréales et déportations forcées vers la Russie participent d’un “schéma de destruction génocidaire”.

 

 

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