jeudi 4 mai 2023

Erdogan et Poutine

 En Turquie, la Russie n’exporte pas seulement son savoir nucléaire ou ses systèmes de défense antimissiles. Moscou inspire aussi Ankara pour ses cérémonies Potemkine : le 27 avril, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont disputé la vedette (en visioconférence) pour l’inauguration de "la première centrale nucléaire de Turquie", construite par le géant russe Rosatom.

Mais derrière le faste, une seule unité est prête, et la centrale ne sera pas achevée avant 2028. Pis, bien que construite sur le sol turc, elle ne rapportera rien ou presque à ses citoyens : la Turquie devra acheter à la Russie, à prix fixe, 70 % de l’électricité produite par ses réacteurs pendant quinze ans. Erdogan s’achète une image de modernisateur, Poutine ramasse les profits.


L'ombre des manipulations russes sur l'élection turque

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le duo orchestre une chorégraphie subtile : le tsar bombarde les civils, le sultan se pose en faiseur de paix. En sous-main, la Turquie est devenue le lieu de passage privilégié de l’argent sale russe et un acteur majeur du contournement des sanctions occidentales contre Moscou


Poutine n’a donc aucun intérêt à voir son allié Erdogan quitter son trône. Comme le chef du Kremlin s’y connaît en élections fantoches, l’ombre des manipulations russes plane déjà sur le scrutin turc du 14 mai. A Istanbul, un diplomate occidental nous confiait sa crainte d’un scénario où Erdogan serait réélu grâce à l’aide flagrante de Poutine, avec des conséquences massives pour l’Ukraine, l’immigration et l’Otan. Il se désolait, aussi, de trouver si peu d’écho dans les capitales européennes.

Car l’Europe poursuit sa stratégie de grande muette : ne rien dire pour ne pas nourrir le discours anti-occidental d’Erdogan. Logique, mais trop léger. Le moment serait pourtant idéal pour offrir une perspective européenne aux 64 millions d’électeurs turcs, annoncer une reprise des négociations sur les "visas Schengen", ou simplement rassurer la société civile sur l’importance de notre amitié, au-delà de ses dirigeants. Se murer dans le silence revient à faire le jeu d’Erdogan. Et donc du Kremlin.

L’Express


 

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