Arabie saoudite : signal désastreux
>>> « La réception à l’Élysée du prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, pose de graves problèmes. Certains espèrent que cette rencontre consolidera les relations avec un important partenaire. Ils souhaitent aussi que ce pays condamne l’invasion de l’Ukraine par la Russie et contribue à stabiliser le Liban. Ce qui reste à démontrer », estime Jeanne Emmanuelle Hutin.
La réception à l’Élysée du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pose de graves problèmes. Certains espèrent que cette rencontre consolidera les relations avec un important partenaire, l’Arabie saoudite étant le 26e client de la France. Ils souhaitent aussi que ce pays condamne l’invasion de l’Ukraine par la Russie et contribue à stabiliser le Liban. Ce qui reste à démontrer.
Peut-on rendre un tel honneur à ce prince quand on sait à quel point l’Arabie Saoudite bafoue les droits de l’homme que nous disons défendre ?
Les exécutions capitales y sont de plus en plus nombreuses : 196 en 2022, soit trois fois plus qu’en 2021, rapportait Amnesty International. L’ONG demande que la France plaide au moins en faveur d’un moratoire et intervienne pour empêcher l’exécution de sept condamnés, mineurs au moment de l’accusation. Des aveux ont même été extorqués sous la torture ! L’atroce assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie Saoudite en Turquie avait dévoilé l’impitoyable répression des opposants politiques.
De plus, en pleine guerre d’Ukraine, accueillir le prince héritier d’un pays ayant commis des crimes de guerres jette le trouble. La guerre au Yémen déclenchée par l’Arabie Saoudite en 2015 a causé 400 000 morts. Plus de 110 000 enfants ont été tués ou blessés, rapportaient les Nations Unies. Les lois de la guerre y ont été violées à maintes reprises, observait Human Right Watch : bombardement de marché et de structures de santé… !
Le signal que nos intérêts sont plus importants que nos valeurs
Cette ONG appelait alors au jugement de ces crimes. Elle demandait à la France et aux autres pays de cesser de vendre des armes à l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui, le Yémen traverse dans l’indifférence générale, l’une des plus graves crises humanitaires du monde : plus de 17 millions de personnes peinent à se nourrir ! Qui prendra en charge les réparations pour sauver et reconstruire ?
En faisant comme si de rien n’était, non seulement on donne le signal désastreux que nos intérêts sont plus importants que nos valeurs. Mais aussi, on relance la machine à propagande du Kremlin. Il peut exploiter cet événement pour dire : « Les Européens reçoivent des dictateurs, commercent avec des criminels de guerre. Alors qu’ils nous excluent du commerce avec leurs sanctions. Ils ont deux poids, deux mesures. Les valeurs qu’ils brandissent ne sont que façade ! Ils veulent nous détruire ! » Ce refrain prend en Russie.
Alors, on se fragilise au moment où il faudrait montrer une cohérence sans faille pour affaiblir les tyrannies qui cherchent à fédérer leurs peuples autour de leur funeste dessein. Au nom d’une politique « réaliste », on envoie un dangereux message. Mais le réalisme aujourd’hui, n’est-il pas de manifester les valeurs qui fondent les démocraties ? Cela éviterait de décourager les peuples qui aspirent à la liberté et cela éviterait aussi de rassurer les tyrans qui foulent aux pieds le droit international garant de la paix.
>>> https://www.courrierinternational.com/article/syrie-l-intolerable-normalisation-du-regime-de-bachar-el-assad
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