>>> 29/08/03 « Doppelgänger » : la campagne de manipulation russe se poursuit. Visant notamment la France et l’Allemagne, cette opération a étendu ses activités durant l’été, malgré les sanctions visant ses auteurs. (...) « C’est l’opération russe la plus agressive dans sa persévérance que nous ayons vue depuis 2017 » Pixels
>>> Qu’est-ce que l’opération Doppelgänger de la Russie qui fâche la France
« Le Parisien », « Le Figaro », « Le Monde » et « 20 minutes » ont été victimes de cette campagne de désinformation visant à imiter des sites français pour faire la propagande russe.
Des sites pirates du Monde, du Parisien et de 20 Minutes faisant l’apologie de la Russie. La France a accusé ce mardi 13 juin Moscou de mener une vaste opération d’ingérence numérique en publiant de faux articles de grands quotidiens français hostiles à l’Ukraine. Ces agissements relèvent de la « guerre hybride » de la Russie et sont « indignes d’un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies », a fustigé Paris.
« Les autorités françaises ont mis en évidence l’existence d’une campagne numérique de manipulation de l’information contre la France impliquant des acteurs russes et à laquelle des entités étatiques ou affiliées à l’État russe ont participé en amplifiant de fausses informations », a dit la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna dans une déclaration lue par sa porte-parole.
La campagne a visé plusieurs sites de médias occidentaux, mais aussi celui du ministère des Affaires étrangères et d’autres sites gouvernementaux, en créant des sites miroirs, a précisé la porte-parole Anne-Claire Legendre.
Une campagne en deux phases
L’opération dévoilée par le gouvernement est plus précisément « la seconde phase d’une campagne déjà connue, mais avec des modes d’action plus sophistiqués destinés à contourner les contre-mesures et être moins visibles », explique à l’AFP une source sécuritaire impliquée dans le dossier.
Il s’agit de l’opération Doppelgänger (dans certains folklores européens, un Doppelgänger est le double maléfique d’une personne ndlr), déjà documentée en 2022, notamment par l’organisation européenne EU DisinfoLab et le géant américain Meta.
Fin septembre, la maison mère de Facebook a annoncé avoir démantelé sur sa plateforme une opération « d’influence secrète » provenant de Russie pour amplifier la visibilité de ces articles issus de sites pirates, pour laquelle ses promoteurs, deux sociétés de conseil en marketing et technologie de l’information, avaient dépensé 105 000 dollars. « Meta espérait que son rapport mettrait fin aux opérations, ce ne fut pas le cas », explique la source sécuritaire.
Quatre quotidiens français visés
Au moins quatre quotidiens français, le Parisien, Le Figaro, Le Monde et 20 minutes ont été victimes de l’opération, mais d’autres grands médias ont aussi été visés, notamment allemands (FAZ, Der Spiegel, Bild, Die Welt...)
Les hackers produisaient de faux articles sur une page en tout point identique à celles du site officiel de ces médias, mais avec un nom de domaine différent, par exemple.ltd au lieu de.fr. La copie est tellement poussée qu’un clic sur les liens hypertexte qu’elle contient renvoie sur les autres articles du vrai journal. La pratique est baptisée « typosquattage ».
Parmi les fausses informations véhiculées par ces sites factices on peut notamment lire que les sanctions contre la Russie ruinent l’économie allemande, ou que le président ukrainien Zelensky conduit son pays à la catastrophe, rapporte Le Monde.
Le Parisien, aussi victime de cette campagne de désinformation, écrit que sa charte graphique a été « copiée par le mystérieux ’leparisien.ltd’ ». La vingtaine d’articles publiés sur ce site pirate ont « en commun de critiquer l’Occident, les Etats-Unis ou la guerre en Ukraine », note le quotidien, qui a décidé de porter plainte pour récupérer le nom de domaine frauduleux.
Ces faux articles sont ensuite diffusés via les réseaux sociaux en essayant de pousser leur viralité, qui semble rester faible pour l’instant. « On a trouvé des dizaines de noms de domaines achetés par les Russes pour faire du typosquattage. On n’a pas affaire à des gens qui agissent à dose homéopathique. Ils sont au début d’un processus d’industrialisation », précise une source sécuritaire.
Production de dessins animés anti-Zelensky
« On ne connaît pas leur objectif final. Est-ce que c’est du micro-ciblage de certaines populations ? Est-ce que c’est pour une campagne permanente de basse intensité ? Ou en vue d’une action massive à un moment précis ? », ajoute-t-elle, précisant que l’ensemble « est très bien coordonné et structuré ».
La structure initiale de l’opération est baptisée RRN, du nom du site pro-russe RRN.world, pour Reliable Recent News (auparavant appelé Reliable Russian News), un site créé quelques mois après le début de la guerre en Ukraine qui a partagé de nombreuses intox, notamment sur une soi-disant mise en scène du massacre de Boutcha.
Outre le typosquattage, elle se livre à d’autres opérations d’influence, comme la production de dessins animés anti-Zelensky ou de narratifs pro-russes et de désinformation via certains sites dits de « réinformation ».
Cette opération vient s’inscrire dans une pratique déjà longue et documentée d’actions d’influences menées par la Russie. Dans le cas de l’invasion de l’Ukraine, Moscou mise sur les fausses informations pour saper le soutien des opinions publiques occidentales.
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