France info : Vous êtes ancien pilote de chasse, ancien leader de la Patrouille de France. C'est toujours très difficile de tirer les bilans, notamment des bilans sur la guerre en Ukraine. Néanmoins, il y a une nouvelle qui vient de tomber, qui est peut-être très intéressante, et vous allez nous dire en quoi elle pourrait l'être. Percée ukrainienne : 300 kilomètres carrés ont été récupérés dans le Sud. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qui se passe très précisément dans le Sud ?
Général Patrick Dutartre : Actuellement, on a 1 200 km de front et, effectivement, il y a une avancée russe qui est constante depuis maintenant deux ans, qui grignote avec une résistance assez incroyable du côté ukrainien. Et là, au Sud, vers Zaporijjia, il y a une petite contre-offensive. Jusqu'où elle ira, c'est toute la question. Mais cela montre qu'il y a une résilience des soldats ukrainiens absolument incroyable, une organisation extrêmement performante malgré des conditions très difficiles, c'est ce que disait Alexander, le chef d'état-major des armées ukrainiennes.
France info : Ça veut dire aussi vraiment depuis quatre ans, puisque demain, on rentre dans cette cinquième année de guerre, que la Russie est toujours bloquée. Je rappellerai que, quand on revient cinq ans en arrière, tout le monde avait peur de la Russie, de cette soi-disant armée qui était la deuxième plus grande armée du monde. Aujourd'hui, elle est bloquée. L’objectif de Vladimir Poutine, normalement, c'était de conquérir tout le pays, mais désormais, c'est le Donbass. On se rend compte que même les objectifs de guerre ont diminué en quatre ans.
Général Patrick Dutartre : Absolument. Autant on peut comptabiliser un peu des résultats tactiques, mais au niveau stratégique, les objectifs stratégiques du président Poutine, c'est une catastrophe pour lui. Il voulait diminuer l'OTAN, il voulait qu'il y ait une dissension en Europe. Vous vous rendez compte que l'OTAN a récupéré deux pays majeurs, la Finlande et la Suède, et en plus, a gagné, entre guillemets, 1 200 km de front otanien. Et donc ça, c'est un revers stratégique. L'Ukraine n'a jamais été autant armée. Et puis l'Europe fait quand même front, même si on a des dissensions au sein de l'Europe.
France info : Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a eu des mots forts à l'endroit de Vladimir Poutine. Il dit notamment qu'il s'agit d'un échec cuisant, une humiliation depuis le début de cette guerre, parce qu'effectivement, cette guerre devait durer une semaine, deux semaines. C'est ce qu'avait annoncé le Kremlin dans la cinquième année. Est-ce que vous, vous le voyez de la même façon ? Est-ce que pour vous, c'est un échec cuisant ? Est-ce que pour vous, c'est une humiliation ? Ou est-ce qu'en réalité, ce sont les jeux de la guerre… ?
Général Patrick Dutartre : De toute manière, une guerre, c'est toujours un échec. Donc, ça, c'est clair. Et ensuite, en tout cas, l'opération spéciale du président Poutine, elle a échoué, en fait. Et ça a montré les limites de l'armée russe, la résilience absolument incroyable des soldats ukrainiens, l'organisation de son armée, les avancées technologiques, des initiatives de la part ukrainienne qui sont absolument incroyables. Donc oui, de toute manière, c'est un échec, même si à un moment, peut-être qu'il obtiendra le Donbass, on n'en sait rien en fait, quand on voit cette contre-offensive que vous évoquez dans le Sud, dans la zone de Zaporijjia. Mais tout ça pour ça. Et le nombre de soldats blessés et de morts, c'est dramatique.
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