Kiev estime avoir atteint les limites du drone FPV et prépare désormais une nouvelle génération d'armes autonomes dopées à l'intelligence artificielle.
L'Ukraine entre dans une nouvelle phase de la guerre où «le simple fait d'augmenter le nombre de drones ne change plus fondamentalement le champ de bataille», a averti Kyrylo Boudanov, chef de l'administration présidentielle et ex‑patron du renseignement militaire, cité par Euromaidan Press. Selon lui, la prochaine étape du conflit sera définie par l'intelligence artificielle et les systèmes autonomes, bien au‑delà du drone piloté à distance tel qu'on le connaît aujourd'hui.
Ses déclarations interviennent alors que Kiev continue d'élargir l'usage des drones et des systèmes de frappe longue portée, tout en préparant une transition vers des plateformes de combat plus automatisées et assistées par IA. Boudanov estime que l'Ukraine comme la Russie ont déjà atteint un plafond avec les technologies actuelles de contrôle: on peut encore augmenter les volumes, mais cela ne suffit plus à renverser la donne. «Avec les technologies disponibles, nous avons atteint notre maximum, tout comme les Russes. Le reste n'est qu'une croissance quantitative», résume‑t‑il.
Pour franchir un nouveau palier, il plaide pour une «intégration complète» de l'intelligence artificielle dans les systèmes d'armes. Les prochaines générations de drones et de robots de combat, explique‑t‑il, devront être capables d'identifier des cibles, de manœuvrer et d'ajuster leur trajectoire de manière autonome, sans supervision permanente d'un opérateur humain. Il affirme que de tels développements existent déjà côté ukrainien et qu'ils deviendront «très bientôt une surprise pour l'ennemi», sans en dévoiler les détails.
Au‑delà du volet technologique, Boudanov insiste sur le lien direct entre rapport de force militaire et diplomatie. «Personne au monde ne traite avec les faibles, et aucun droit international ne fonctionne sans force», a‑t‑il déclaré au Kiev Security Forum. Selon lui, toute négociation dépendra de deux facteurs: la situation sur le front et la cohésion interne de la société ukrainienne. Sans supériorité militaire claire ni unité nationale, la marge de manœuvre diplomatique reste limitée.
Fragiliser Moscou, coûte que coûte
Il a rappelé que la position de Kiev sur les pourparlers de paix n'a pas changé. Tout compromis devra d'abord servir les intérêts nationaux de l'Ukraine, insiste‑t‑il. Les lignes rouges restent inchangées: aucune perte territoriale ne sera reconnue, et il n'est pas question d'échanger des parcelles de territoire contre une paix de façade. En pratique, cela signifie que la posture de négociation de l'Ukraine évoluera au rythme de ses succès militaires et de sa capacité à rester soudée face à l'agression russe.
Sur le terrain économique, Boudanov met en avant l'impact des frappes ukrainiennes sur le secteur énergétique russe. Il parle de «sanctions pétrolières» de fait, résultant des attaques de drones et de missiles contre des raffineries, des dépôts de carburant et des infrastructures pétrolières en Russie. Ces opérations, combinées aux mesures occidentales, provoquent non seulement des pertes financières, mais aussi un sérieux discrédit de Moscou en tant que fournisseur énergétique fiable.
À ses yeux, le cœur du problème pour la Russie n'est pas tant le volume de production temporairement perdu que l'érosion de son image de partenaire capable de respecter ses engagements. Ruptures de contrats, arrêts forcés de raffineries, intervention croissante de l'État sur les prix: autant de signaux qui poussent les pays acheteurs à chercher d'autres sources d'approvisionnement, avec des conséquences durables même après la fin de la guerre.
Dans ce contexte, Boudanov martèle que l'Ukraine «ne perdra pas» la guerre, mais qu'elle n'a pas le droit de ralentir. Selon lui, seul un nouveau saut technologique –IA militaire, nouvelles technologies de communication et d'attaque, pression continue sur l'économie de guerre russe– permettra non seulement de tenir, mais de renforcer la position de Kiev, sur le champ de bataille comme à la table des négociations.
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