dimanche 4 octobre 2026

Les héros russes de LFI

Qui sont les opposants russes que Jean-Luc Mélenchon présente comme la preuve que son camp combat le poutinisme ? Le cas d’Alexeï Sakhnine oblige à regarder au-delà de l’étiquette de « dissident anti-guerre ». Ancien dirigeant du Front de gauche russe, réfugié politique en Suède puis en France,il reste étroitement lié à des militants passés dans les structures d’occupation russes ou les formations armées du Donbass. Les mêmes milieux apparaissent aussi dans des projets du renseignement militaire russe visant à travailler les réseaux anti-OTAN en Europe. Dans le même temps, Sakhnine a trouvé sa place dans la gauche européenne dite « pacifiste », auprès d’organisations qui militent pour l’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine.  

 

L’alibi de LFI

Lorsque Jean-Luc Mélenchon ou ses proches sont interrogés sur leurs positions à l’égard de la Russie et de la guerre en Ukraine, un argument revient : La France insoumise n’est pas du côté de Vladimir Poutine, puisqu’elle accueille ses opposants, les « Russes qui résistent ». Le 25 septembre 2026, au lendemain d’une nouvelle sortie de Mélenchon accusant l’Ukraine d’ « escalade » pour ses frappes en profondeur en Russie, Clémence Guetté rappelait encore au micro de France Inter : « Nous hébergeons les opposants au régime de Poutine. »

Avant 2022, le partenaire russe privilégié de Jean-Luc Mélenchon était Sergueï Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche russe. Mélenchon le soutenait déjà lorsqu’il était emprisonné et, après sa libération, l’a rencontré à Moscou en mai 2018. Quatre ans plus tard, Oudaltsov soutient sans réserve l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Pour Mélenchon, il a « craqué ». L’ancien allié russe est rayé de la liste, et un nouveau favori apparaît presque aussitôt. Le 6 mars 2022, au grand meeting présidentiel de Mélenchon à Lyon, présenté comme un « meeting pour la paix », Alexeï Sakhnine intervient par vidéo. Il condamne l’agression russe, mais explique déjà qu’on ne fera pas reculer la Russie de Poutine « avec des chars et des missiles » et pourquoi la victoire contre le régime doit venir de l’intérieur.

Sakhnine et ses camarades viennent de publier un manifeste condamnant l’invasion russe comme une guerre « injuste » et « de conquête ». Mais le texte affirme aussi que Poutine a, du fait de son agression, « annulé tous les crimes des nationalistes ukrainiens » et fourni de nouveaux arguments aux « faucons américains et de l’OTAN ».

Le 25 octobre 2022, trois militants russes de gauche, Sakhnine, sa compagne Liza Smirnova et Andreï Roudoï, sont reçus à l’Assemblée nationale par Mathilde Panot, plusieurs députés LFI et Mélenchon lui-même. Leur arrivée en France a été facilitée au plus haut niveau : Mélenchon dira avoir obtenu l’appui d’Emmanuel Macron pour les faire venir et remerciera publiquement le président de les avoir aidés « d’un bout à l’autre ». 

« Heureusement qu’il y a des Russes comme eux ! », s’enthousiasme Mélenchon. « Nous prenons en charge leur présence en France », souligne-t-il.

L’Ukraine reste pourtant presque absente de cette présentation. Lorsqu’un journaliste finit par demander aux trois militants ce qu’ils ont à dire aux Ukrainiens, Andreï Roudoï répond : « La classe ouvrière de Russie et d’Ukraine n’a rien à se disputer. Nos principaux ennemis, ce sont nos gouvernements. »

Roudoï, ancien cadre du Front de gauche russe et fondateur du média Vestnik Bouri (Messager de la Tempête), que Mélenchon présente alors comme l’une des « têtes de réseau » de la résistance de gauche russe avec Sakhnine, quittera ensuite la France et rompra publiquement avec Sakhnine. Ce dernier, au contraire, s’installe durablement dans l’orbite politique de Mélenchon.

Quel est exactement son statut auprès de Mélenchon : protégé politique, réfugié pris en charge, compagnon de route, interlocuteur régulier ? Sakhnine préfère présenter leur relation comme une alliance politique. En 2025, il affirme « coopérer » avec Mélenchon sur la stratégie de la gauche européenne. 

Le parcours de Sakhnine est assez singulier pour un opposant russe accueilli comme réfugié politique : avant de s’installer à Paris, il avait déjà passé plusieurs années en exil en Suède, puis renoncé à son statut de réfugié pour rentrer volontairement en Russie en 2019. 

Un révolutionnaire russe en Suède

Sakhnine est connu en Russie comme l’un des organisateurs des mobilisations de 2011-2012 et l’un des dirigeants du Front de gauche, principale organisation de la gauche extra-parlementaire de cette période. Après l’affaire Bolotnaïa, en 2013, il part en Suède et y obtient l’asile. Pour une partie de la gauche locale, son profil est idéal : militant révolutionnaire, organisateur de manifestations anti-Poutine, réfugié politique. Il obtient rapidement des tribunes dans les médias de gauche et des entrées dans des réseaux militants transnationaux.

À partir de 2014, Sakhnine ne parle plus seulement de la Russie de Poutine, il devient aussi un interprète de la crise ukrainienne. Le Maïdan, dans ses textes, est surtout une victoire des oligarques soutenus par l’Occident, où l’extrême droite aurait acquis une influence démesurée. À l’inverse, il présente l’anti-Maïdan comme un mouvement populaire, opposé au nationalisme et au néolibéralisme. Dans le Donbass, il voit d’abord une guerre civile ; l’intervention russe reste en arrière-plan. Ce cadre changera peu au cours des années suivantes. 

Il publie sur le « fascisme ukrainien » et la « terreur » contre les militants de gauche. Cette grille de lecture trouve vite des relais dans les médias pro-Kremlin : Sakhnine est interviewé par Komsomolskaïa Pravda, apparaît sur la télévision d’État russe et, en 2017, participe comme producteur au tournage en Suède d’un documentaire de Russia Today consacré à la lutte des classes et à la justice sociale. Lui-même justifie ce type de coopération par la possibilité de toucher une audience russe plus large.

Pour parler de l’Ukraine, Sakhnine dispose surtout d’un partenaire sur place : Borotba, organisation ukrainienne se réclamant de la gauche radicale, fondée en 2011. La relation précède de deux ans le Maïdan et la guerre. En septembre 2012, Sakhnine et Sergueï Kiritchouk, l’un des dirigeants de Borotba, annoncent à Kyïv une coopération entre le Front de gauche russe et l’organisation ukrainienne. Borotba promet un soutien organisationnel et médiatique, des contacts avec la presse et, en cas de répression accrue en Russie, une aide à la création d’un relais du Front de gauche à l’étranger. Sakhnine présente ses partenaires ukrainiens comme des camarades fiables.

En Suède, cette proximité devient même un argument d’autorité. En juin 2014, les organisateurs d’un séminaire avec lui à Göteborg soulignent ses « forts contacts avec Borotba et sa direction » pour expliquer pourquoi Sakhnine est particulièrement bien placé pour parler de l’Ukraine. En 2016, il signe la déclaration du Forum social de Wrocław sous l’étiquette « Ukraine/Sweden, Borotba ».

Pour comprendre ce que Sakhnine transmet alors à son public occidental, il faut s’arrêter sur Borotba et sur ce que sont devenus ses membres. Une enquête militante récente en retrace la généalogie et les prolongements européens. 

Borotba : de l’anti-Maïdan aux Surkov leaks

L’organisation Borotba naît au début des années 2010 d’une scission de l’Organisation des marxistes et de milieux issus de la jeunesse communiste ukrainienne. Parmi ses principaux cadres figurent Sergueï Kiritchouk, Alexeï Albou, Viktor Chapinov et Andreï Mantchouk. Dès mars 2014, plusieurs organisations de gauche et anarchistes ukrainiennes se désolidarisent d’elle, l’accusant de collaborer avec des forces chauvines, racistes, cléricales et homophobes et de pratiquer une culture politique autoritaire.

La méfiance existe aussi dans une partie de la gauche occidentale. En novembre 2014, le syndicaliste français Vincent Présumey décrit Borotba comme un « village Potemkine pour militants occidentaux » : une organisation capable de fournir à certains secteurs de Die Linke, de Syriza ou de la gauche trotskiste l’ « antifascisme ukrainien » qu’ils veulent voir.

En 2014, Borotba est engagée dans l’anti-Maïdan dans plusieurs villes ukrainiennes. À Kharkiv, ses militants participent au mouvement qui tente de faire basculer la ville ; le 1ᵉʳ mars, après l’assaut contre l’administration régionale, un drapeau russe est hissé et des militants du Maïdan sont violemment frappés, parmi lesquels le poète Serhiy Jadan.

Ce qui se passe à Odessa joue un rôle plus décisif encore dans le récit exporté vers l’Occident. La mort de dizaines de personnes dans l’incendie de la Maison des syndicats fournit une image d’une puissance émotionnelle exceptionnelle : celle de « militants de gauche antifascistes brûlés vifs par des fascistes ukrainiens ». Or les violences du 2 mai commencent bien avant l’incendie. Des militants anti-Maïdan tentent d’empêcher une marche pour l’unité de l’Ukraine ; des affrontements éclatent, des coups de feu sont tirés et plusieurs personnes sont tuées. Les violences se déplacent ensuite vers la place Koulikovo et la Maison des syndicats. Les enquêtes du Conseil de l’Europe et du groupe indépendant « 2 mai » ont reconstitué une journée de violences croisées, de tirs et d’incendie, sur fond de graves défaillances des autorités. Elles ne valident pas le récit d’un massacre unilatéral d’ « antifascistes » par les partisans du Maïdan. 

Borotba n’est pas extérieure à cette scène. La veille, ses militants participent à la manifestation du 1ᵉʳ Mai qui se termine au camp anti-Maïdan de la place Koulikovo. Le 2 mai, Alexeï Albou, dirigeant local de Borotba et député régional, se trouve dans la Maison des syndicats ; Vladislav Voïtsekhovski, autre militant de l’organisation, y est également. Ce sont précisément ces hommes et leurs camarades qui deviendront ensuite, auprès d’une partie de la gauche étrangère, des figures centrales du récit du « massacre fasciste d’Odessa ».

Sakhnine participe activement à sa diffusion. Dès le 9 mai 2014, en Suède, il prend part à une action de solidarité avec les militants d’Odessa, puis publie à plusieurs reprises sur la tragédie.

L’épisode Voïtsekhovski est particulièrement parlant. En septembre 2014, Sakhnine le rencontre à Odessa lors d’un voyage en reportage depuis la Suède. Le soir même, le Service de sécurité d’Ukraine (SBU) arrête Voïtsekhovski en l’accusant de préparer des attentats ; Borotba dénonce une affaire fabriquée. Cinq jours plus tard, Sakhnine pose en Suède avec une pancarte « Liberté pour Vlad Voïtsekhovski ! » et le présente comme un jeune socialiste persécuté. Après un échange de prisonniers en décembre, Voïtsekhovski passe sur le territoire contrôlé par les forces pro-russes et rejoint le bataillon Fantôme (Prizrak). En 2015, il déclare lui-même servir dans les « forces armées de Novorossia ». Sakhnine continuera pourtant à le soutenir et à expliquer sa trajectoire d’abord par la répression ukrainienne.

La Moldavie fournit, la même année 2014, un autre indice sur cette mouvance. En novembre, Viktor Chapinov, Maxime Firsov et plusieurs militants liés à Borotba sont arrêtés puis expulsés de Moldavie. Les autorités moldaves disent alors les soupçonner de préparer des actions destinées à « déstabiliser la situation » à l’approche des élections législatives. 

À partir de 2016, les « Surkov leaks » donnent à cette histoire une autre dimension. Plus d’un gigaoctet de courriels et de documents provenant de l’appareil de Vladislav Sourkov, alors l’un des principaux responsables du dossier ukrainien au Kremlin, ont été authentifiés indépendamment par Bellingcat et DFRLab. Ils documentent notamment la circulation de messages élaborés dans l’entourage de Sourkov par l’intermédiaire de cadres de Borotba. 

Dans l’un des documents, le conseiller de Sourkov Alexeï Tchesnakov dresse une liste de personnalités sur lesquelles ; pour amplifier ses messages en Ukraine. Trois cadres importants de Borotba y figurent, dont Sergueï Kiritchouk. Bellingcat compare ensuite des éléments de langage sur la guerre et le vol MH17 aux publications de Kiritchouk : dans un cas de l’été 2014, son article reprend l’ensemble des points contenus dans un document transmis à l’appareil de Sourkov. Quelques semaines plus tard, les mêmes thèmes apparaissent dans une question parlementaire de Die Linke au Bundestag. 

Andrej Hunko, l’un des députés signataires, est alors l’un des principaux points d’entrée de Borotba dans la gauche allemande : il présente Kiritchouk comme le porte-parole d’une gauche ukrainienne persécutée, l’interviewe, partage des tribunes avec lui et défend publiquement la nécessité de donner la parole à son organisation. Ce canal allemand survivra aux années 2014 : nous le retrouverons plus loin, sous une autre forme, autour des objecteurs de conscience et des déserteurs.

La guerre de 2014 provoque une fracture au sein du Front de gauche russe. Oudaltsov soutient l’annexion de la Crimée, Sakhnine s’y oppose. Plusieurs des partisans les plus explicites des « républiques populaires » perdent alors leurs positions dirigeantes. La rupture n’est pourtant pas complète. Sakhnine continue de défendre une position de « troisième camp », où les peuples russe et ukrainien devraient se retourner contre leurs oligarchies respectives. En 2022, lorsqu’il quitte définitivement le Front de gauche à cause de l’invasion à grande échelle, il le dit lui-même : « Je ne regrette pas la position adoptée par le Front de gauche durant l’année tragique 2014 en Ukraine », ajoutant qu’il avait largement contribué à cette position.

Il ne prend pas non plus ses distances avec Borotba, même après que plusieurs de ses membres ont rejoint le camp russe. En 2021, il parle encore de Borotba comme d’une organisation « fraternelle ». En 2026, il dit être toujours fier de cette coopération. Interrogé sur les liens financiers de certains militants de Borotba avec des personnes de l’entourage de Vladislav Sourkov, il les explique par la précarité d’émigrés qui devaient bien vivre et poursuivre leur activité politique.

Retour à Moscou, détour par Donetsk

Au printemps 2019, Sakhnine renonce volontairement à son statut de réfugié et rentre en Russie. À l’aéroport, il est accueilli par de vieux camarades, dont Oudaltsov et Daria Mitina, ancienne dirigeante du Front de gauche, qui avait entre-temps travaillé pour la représentation moscovite du « ministère des Affaires étrangères » de la soi-disant « République populaire de Donetsk » (DNR). Sakhnine explique que le risque de poursuites lié à l’affaire Bolotnaïa est désormais passé. À son retour, il formule son évolution politique : il insiste sur le fait que son camp n’a jamais été une opposition pro-occidentale et affirme être devenu beaucoup plus anti-occidental.

En octobre 2019, Sakhnine passe neuf jours en Corée du Nord au sein d’une délégation officielle de la Société russe pour l’étude des idées du Juche et de la politique du songun, avant d’en tirer un long reportage plutôt bienveillant sur le pays et ses transformations sous Kim Jong-un.

À la fin de la même année, il se rend à Donetsk, contrôlé par la Russie, et en revient avec un récit étonnamment enthousiaste. Sur les ruines de la guerre, dit-il, apparaissent les « germes d’une nouvelle vie ». L’ancienne société civile, avec ses milieux LGBT et ses ONG, est décrite comme « corrompue », « pro-occidentale » et dépendante des subventions étrangères ; sa disparition aurait laissé un « espace vide » où émergent désormais de nouveaux groupes marxistes et féministes, dont Sakhnine célèbre l’« énergie » et le « dévouement ». Il évoque aussi une renaissance théâtrale et voit dans l’effacement de la société de consommation la possibilité d’ « une vie plus profonde, plus sérieuse ». Un véritable hymne à l’occupation.

Selon les données dont dispose Desk Russie, une carte SIM d’un opérateur de la « DNR » était enregistrée au nom d’Alexeï Sakhnine dès 2018, alors qu’il vivait encore en Suède ; le numéro était associé à un compte Telegram au nom d’ « Alexeï ». La rédaction lui a demandé d’expliquer cet élément. Nous n’avons pas obtenu de réponse.

Depuis son retour de Suède, Sakhnine se rend à deux reprises en Crimée occupée. Lors de son second séjour, à la fin mars et début avril 2021, le tout nouveau coordinateur du Front de gauche en Crimée, Ilia Bolchedvorov, vient de sortir de dix jours de détention administrative. Vétéran de la guerre de Tchétchénie, où il a servi dans le détachement spécial Rossitch des troupes de l’Intérieur, impliqué dans des exactions, Bolchedvorov est arrivé de la région d’Irkoutsk après l’annexion de la Crimée. Il s’est depuis fait connaître par ses conflits avec les autorités locales autour de l’urbanisme et de litiges fonciers. Par la suite, Bolchedvorov combattra contre l’Ukraine sous contrat avec le ministère russe de la Défense. C’est au retour de ce voyage en Crimée que Sakhnine expose avec une netteté particulière sa vision du conflit. Le scénario selon lequel la Russie « rendrait le Donbass » à l’Ukraine et tenterait de négocier sur la Crimée relève, selon lui, de la « capitulation ». Il refuse de « livrer » à Kyïv les quelque deux millions de citoyens russes du Donbass, promis, affirme-t-il, à des « répressions ». 

En France : une « despotie moins féroce »

Le 24 février 2022, Sakhnine rompt avec Oudaltsov, qualifie la guerre de criminelle et quitte le Front de gauche. Dans ses premiers textes anti-guerre, la responsabilité du régime de Poutine côtoie immédiatement l’impérialisme américain, l’expansion de l’OTAN et les « extrémistes » arrivés au pouvoir à Kyïv après le Maïdan. La Russie est bien désignée comme l’agresseur, mais son analyse de fond change peu : la guerre reste pour lui un épisode d’affrontement plus large entre impérialismes, gouvernements et élites. 

Arrivés en France à l’automne 2022, Sakhnine et Liza Smirnova, journaliste et militante de la gauche russe, ne tardent pas à s’investir dans plusieurs combats politiques de LFI. Lors des manifestations contre la réforme des retraites, Sakhnine décrit la France comme une version atténuée du régime russe : aux travailleurs français, affirme-t-il, s’oppose une « despotie moins féroce » que celle de Russie.

En mai 2024, avec plusieurs autres militants russes, Sakhnine et Smirnova prennent la défense de Rima Hassan et de Mathilde Panot, visées par des procédures au titre de l’ « apologie du terrorisme ». Dans une tribune, les signataires rapprochent ces procédures des mécanismes répressifs qu’ils ont connus dans la Russie de Poutine : « Ce qui arrive aujourd’hui à Mathilde Panot ou à Rima Hassan ressemble comme deux gouttes d’eau à ce qui est arrivé à notre patrie. » Le texte se termine par un appel explicite à défendre « la liberté » dans les urnes en votant pour l’Union populaire aux élections européennes.

Sakhnine suit avec passion les campagnes électorales françaises. Le 14 juin 2024, quelques jours après la dissolution de l’Assemblée nationale, il raconte qu’au cours d’une nuit de tractations, il échangeait directement par SMS avec Mélenchon, lui signalant les manœuvres de ses adversaires. Selon Sakhnine, celui-ci lui aurait répondu que « la lutte se fera sans faiblesse ».

LFI a publiquement assumé l’aide matérielle apportée aux militants russes qu’elle a fait venir en France. Sakhnine et Smirnova ont eux-mêmes raconté que le mouvement leur avait mis à disposition une maison, où plusieurs militants vivaient collectivement. Mélenchon a même reproché aux autres forces de gauche de ne pas vouloir mettre la main à la poche pour financer leur hébergement et leur présence en France. 

Sakhnine et Smirnova ont obtenu le statut de réfugié en 2024. Liza Smirnova a par ailleurs évoqué publiquement le RSA perçu par le couple et en a donné le montant.

Après son installation en France, Sakhnine continue à collaborer avec le média russe Moskvitch Mag. Des données consultées par Desk Russie montrent que la société Urban Media, éditrice du magazine, a continué à enregistrer à son nom des rémunérations présentées comme des salaires au moins jusqu’en juin 2024. Le montant mensuel habituel visible dans ces données est de 114 950 roubles, soit environ 1 170 euros au taux moyen du premier semestre 2024.

Desk Russie a interrogé Sakhnine sur la déclaration de ces revenus en France, mais il n’a pas souhaité répondre.

Moskvitch Mag n’est pas un organe de propagande militaire au sens classique : il est consacré avant tout à la vie quotidienne, à la culture et à la société moscovites. Mais sa ligne éditoriale peut aussi contribuer à banaliser la réalité de la Russie en guerre. En septembre 2022, la rédaction publie ainsi un reportage dans un bureau de recrutement militaire qui oppose la routine relativement tranquille de la mobilisation aux récits jugés « hystériques » des médias indépendants. En 2023, paraît un reportage touristique depuis Marioupol occupé ; après le scandale provoqué par l’article, celui-ci disparaît du site, mais reste accessible dans les archives.

La « paix par en bas »

En 2024-2025, une nouvelle construction prend forme autour de Sakhnine et Smirnova. Post-Soviet Left (PSL), petite organisation d’émigrés de gauche issus de l’espace post-soviétique, est active surtout en France et en Allemagne. En novembre 2024, elle compte parmi les principaux organisateurs du Forum de l’émigration de gauche à Cologne, qui réunit plus de 70 participants venus notamment de Russie, d’Ukraine et du Bélarus. De ces rencontres naît la coalition « Peace from Below / La Paix par en bas ».

Le mot d’ordre de la « paix par en bas » a tout pour séduire une partie de la gauche occidentale : les peuples ne doivent pas payer pour les décisions des élites ; les droits humains ne disparaissent pas en temps de guerre ; un déserteur n’est pas un criminel ; les dépenses sociales valent mieux que les budgets militaires ; la paix ne doit pas être négociée entre généraux et oligarques, mais imposée « par en bas ». Sakhnine se félicite lui-même de l’« énorme pouvoir de séduction de notre message ». Cette ligne permet de se dire radicalement opposé à la guerre sans pour autant se placer du côté de l’État agressé. 

Un air de déjà-vu : dès juin 2014, Sakhnine signe la déclaration dite « Zimmerwald-2014 ». La guerre du Donbass y est décrite comme une « guerre civile » ayant suivi la victoire des « néolibéraux et nationalistes » du Maïdan. Le texte demande au gouvernement ukrainien de mettre fin à son « opération antiterroriste », de retirer ses troupes des régions de Donetsk et de Louhansk et de conclure une trêve avec les forces de la DNR et de la LNR. 

Pour la Russie, le programme de PSL insiste aujourd’hui sur les prisonniers politiques, les déserteurs, l’amnistie et le refus de la responsabilité collective. Pour l’Ukraine, le centre de gravité se déplace vers la mobilisation forcée, les poursuites pénales, les restrictions à la sortie du territoire, les « répressions » contre les communistes, ce que ses militants présentent comme l’autoritarisme de Zelensky, et, de plus en plus, les conditions de l’aide militaire occidentale. L’invasion russe devient un élément parmi d’autres d’une confrontation entre gouvernements, blocs militaires et classes dirigeantes.

Dans un texte récent, Sakhnine et Smirnova reconnaissent eux-mêmes que la « démilitarisation » exigée par Moscou – limitations de l’armée ukrainienne, interdiction des livraisons d’armes et des garanties de sécurité – rendrait l’Ukraine sans défense ; mais leur réponse reste de chercher une issue dans une mobilisation transnationale « par en bas ».

Le 5 octobre 2025, lors d’un grand meeting anti-guerre à Paris, Liza Smirnova est ovationnée devant plusieurs milliers de personnes. « Ce que nous faisons aujourd’hui est bien plus dangereux pour la dictature de Poutine que les bombes et les missiles que Macron, Scholz, Merz ou Trump envoient au front », lance-t-elle. 

Mais que devient, dans ce récit, la capacité de l’Ukraine à décider pour elle-même ? Et que faire de cette autre gauche ukrainienne qui ne se reconnaît ni dans la symétrie des « deux impérialismes », ni dans l’injonction à déposer les armes ?

La poétesse et militante anarchiste Galina Rymbou, qui vit à Lviv, formule l’objection frontalement : sous couvert d’anti-impérialisme, cette rhétorique « exclut l’Ukraine comme sujet politique à part entière et nie son agentivité politique ». Et elle ajoute que la paix ne peut être obtenue par une pression imposée à la victime.

Cette gauche ukrainienne existe pourtant très concrètement : anarchistes, socialistes démocratiques, antifascistes et syndicalistes participent depuis 2022 à la résistance armée, à la logistique et à l’aide humanitaire ; certains sont morts au front. Hanna Perekhoda, historienne et militante de gauche ukrainienne, résume le paradoxe de certaines gauches occidentales : elles disent à des personnes qui « luttent armes à la main pour défendre les droits fondamentaux et la souveraineté politique » qu’elles ne sont « pas assez de gauche » pour mériter leur soutien.

Les portes d’entrée

PSL reste un petit groupe d’émigrés. Son audience tient surtout aux réseaux dans lesquels il parvient à s’insérer, des réseaux qui existaient bien avant lui et qui ont leurs propres traditions d’opposition au réarmement, à l’OTAN ou aux livraisons d’armes.

C’est là que Sakhnine joue un rôle de passeur : il sait formuler une lecture post-soviétique de la guerre dans un langage immédiatement familier à une partie de la gauche occidentale. 

Le paysage dans lequel PSL s’insère est vaste et hétérogène. En Grande-Bretagne, Stop the War Coalition offre depuis longtemps une grande scène au mouvement anti-guerre. À l’échelle internationale, l’International Peace Bureau fédère campagnes et organisations autour du désarmement et de la réduction des dépenses militaires. En Allemagne existe tout un écosystème plus ancien encore : Netzwerk Friedenskooperative fonctionne comme un carrefour du mouvement pacifiste, tandis que DFG-VK et Connection e.V. travaillent plus spécifiquement sur l’objection de conscience, les déserteurs et leur droit à l’asile. À cela s’ajoutent les accès proprement politiques : LFI et le POI en France ; Die Linke et BSW en Allemagne.

Le 12 mars 2025, des militants de PSL sont reçus à l’Assemblée nationale par des députés LFI. Dans son propre compte rendu, PSL rapporte que Sophia Chikirou les remercie pour les informations fournies, qui renforcent la position parlementaire des Insoumis. 

L’International Peace Bureau est pour Sakhnine un point d’entrée ancien. Tord Björk, son compagnon de route depuis la période suédoise, siège depuis 2022 au Conseil de l’IPB et y a été réélu en 2025. En janvier 2023, Sakhnine participe au forum international People and Peace / Folk och Fred, organisé avec l’International Peace Bureau et le réseau Prague Spring 2.

D’autres portes donnent accès à un public encore plus large. Dès avril 2022, Sakhnine intervient dans un meeting international de Stop the War. Quatre ans plus tard, Peace from Below et l’Union of Post-Soviet Left figurent parmi les organisations soutenant la grande conférence anti-guerre organisée à Londres. La conférence provoque une réponse directe de Sotsialnyi Roukh. Dans une lettre ouverte, le mouvement socialiste démocratique ukrainien souligne qu’aucun socialiste, syndicaliste, féministe ou militant LGBT ukrainien n’a été invité à prendre la parole et qu’appeler les Ukrainiens à « baisser les armes » ne signifie pas mettre fin à la guerre, mais accepter la défaite et l’occupation. 

Sur le terrain, PSL cherche parallèlement à multiplier sa présence. Dans ses propres publications, l’organisation affirme avoir participé depuis 2024 à des mobilisations à Cologne, Berlin, Paris, Amsterdam, Varsovie et dans d’autres villes, jusqu’à Buenos Aires. Elle intervient dans des manifestations existantes, mais organise aussi ses propres actions autour des déserteurs russes et ukrainiens, de la mobilisation et de l’antimilitarisme. Pour l’automne 2026, une nouvelle série de rencontres est déjà annoncée, notamment dans le Caucase du Sud et à Belgrade. 

En septembre 2026, l’organisation prend position contre la fermeture annoncée de la Maison russe de Berlin, représentation de Rossotroudnitchestvo qu’elle qualifie elle-même d’institution « aujourd’hui largement propagandiste ». Elle estime néanmoins que sa fermeture pénalisera surtout les émigrés russes et fournira au Kremlin un nouvel argument sur la « russophobie occidentale ». 

En mai 2025, PSL investit à Paris la marche du Régiment immortel, que le mouvement dit divisée entre une aile « pro-Poutine » et une aile « anti-guerre » ; ils affirment s’être rangés du côté de cette dernière et avoir profité du cortège pour mener leur propre travail militant. 

Le même jour, Sophia Chikirou participe elle aussi à l’un des cortèges parisiens organisés autour du Régiment immortel. Le terrain n’est d’ailleurs pas étranger à LFI : en 2018, Jean-Luc Mélenchon avait lui-même participé au Régiment immortel à Moscou, offrant aux médias officiels russes une image particulièrement exploitable. Liza Smirnova récuse ce type de lecture : selon elle, présenter cet épisode comme un indice de complaisance de Mélenchon envers le Kremlin relève du même procédé que les accusations visant Borotba – un « cliché » destiné à discréditer la gauche radicale.

Le « visage ukrainien » : Andrii Konovalov

Sakhnine s’intéresse depuis longtemps à certaines figures ukrainiennes du pacifisme et de l’anti-mobilisation. Rouslan Kotsaba en est un exemple ancien. Le journaliste ukrainien s’était fait connaître en appelant ses compatriotes à boycotter la mobilisation et en présentant la guerre du Donbass comme une guerre civile. Sakhnine est intervenu à plusieurs reprises pour le défendre. En 2019, Andrej Hunko et Darius Dunker proposent la candidature de Kotsaba au Prix de la paix d’Aix-la-Chapelle. Le prix lui est d’abord attribué ; Kotsaba y renonce finalement après la révélation d’anciens propos antisémites. 

Aujourd’hui, sur la scène pacifiste et politique allemande, un jeune Ukrainien s’est rapidement fait une place en portant le thème de l’objection de conscience et de l’anti-mobilisation : Andrii Konovalov, membre de PSL. Il intervient dans les événements de DFG-VK, de Netzwerk Friedenskooperative et de Connection e.V., parle des méthodes de mobilisation en Ukraine, des poursuites contre les objecteurs et du droit à la désertion, et rencontre des responsables politiques européens. 

Il se présente régulièrement comme ukrainischer Kriegsdienstverweigerer, « objecteur de conscience ukrainien ». Or Konovalov n’a pas fui la mobilisation provoquée par l’invasion de 2022. Il s’est installé en Allemagne dès 2021 pour y étudier la biochimie. Il l’explique lui-même : son émigration « n’était pas spontanée » et sa destination avait été choisie à l’avance. En 2024, il va jusqu’à proposer une définition très large de l’objecteur : tout Ukrainien vivant en Allemagne avec un titre de séjour et ne souhaitant pas rentrer combattre devrait, selon lui, être considéré comme tel. 

Certains éléments de sa biographie restent toutefois difficiles à recouper. Il raconte notamment avoir arraché, dans la ville de Kropyvnytskyï, un drapeau rouge et noir qu’il présente comme celui de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, puis avoir fait l’objet d’une procédure pénale et de menaces de militants d’extrême droite. L’incident du drapeau est documenté ; les autres éléments de ce récit le sont moins solidement. 

À partir de 2024, Konovalov devient rapidement une figure visible du mouvement pacifiste allemand. À Münster, il apparaît notamment aux côtés d’Evgueni Arefiev, militant russe installé de longue date dans la ville et actif au sein de DFG-VK. Il se retrouve aussi sur les mêmes scènes que Michael von der Schulenburg, ancien haut fonctionnaire de l’ONU devenu eurodéputé BSW, qui s’est rendu à Moscou à deux reprises depuis le début de la guerre. 

Un autre fil ramène à Andrej Hunko, ancien député Die Linke, aujourd’hui cadre du BSW. En 2014, c’est lui qui avait offert à Sergueï Kiritchouk et à Borotba l’un de leurs principaux accès à la gauche allemande : interviews, rencontres publiques et relais politiques. Plus de dix ans plus tard, Konovalov cite Hunko parmi les responsables européens ayant personnellement exprimé leur solidarité avec la position de PSL. 

Le 23 juin 2025, Konovalov participe à Strasbourg à des rencontres avec des parlementaires français et des membres de The Left à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Dans son entretien au site de PSL, il explique avoir été invité notamment par Sophia Chikirou. Son objectif, dit-il, est de faire entrer dans le débat parlementaire européen les violations des droits humains et ce qu’il appelle le « système répressif » ukrainien. Le lendemain, Chikirou reprend à l’APCE plusieurs demandes concernant les prisonniers politiques, les objecteurs et les militants anti-guerre en Russie et en Ukraine.

Les vieux camarades

Autour de ces nouveaux réseaux réapparaissent aussi des personnages d’une histoire beaucoup plus ancienne, dont certains ont participé directement aux structures de l’occupation russe de l’Ukraine ou aux formations armées et administratives du Donbass.

Parmi ceux qui étaient venus accueillir Sakhnine à son retour de Suède en 2019 figurait Daria Mitina. Ancienne députée à la Douma et ancienne dirigeante du Front de gauche, elle a connu une longue carrière politique et administrative en Russie. En 2014, elle est représentante à Moscou du « ministère des Affaires étrangères » de la « République populaire de Donetsk » (DNR) . En mai 2015, elle participe également, aux côtés d’Alexeï Mozgovoï, commandant du bataillon Fantôme (Prizrak), à une conférence internationale « antifasciste » organisée à Altchevsk, dans le Donbass occupé. Elle développe ensuite un réseau international « antifasciste », organisant des visites de militants d’ultragauche européens dans le Donbass. 

Elle est aujourd’hui secrétaire aux relations internationales du Parti communiste unifié et présidente du syndicat Nouveau Travail (Novy Troud), une organisation étroitement alignée sur les positions du Kremlin et désormais implantée dans les territoires ukrainiens occupés. 

En octobre 2023, Mitina participe à Rome à la conférence internationale « Stop World War III ». Son appel exige notamment l’arrêt immédiat des livraisons d’armes à l’Ukraine, la levée des sanctions contre la Russie et la dissolution de l’OTAN.

Alexeï Albou, ancien dirigeant de Borotba à Odessa, est aujourd’hui lui aussi actif à Louhansk. Il est vice-président de l’organisation locale du syndicat Nouveau Travail. En novembre 2024, il intervient encore au nom de Borotba lors d’une conférence internationale à Dakar. Il y inscrit la guerre en Ukraine dans la destruction de l’ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis. L’histoire de Borotba n’est donc pas close : une partie de ses anciens cadres continue à intervenir dans des réseaux internationaux au nom de la lutte anti-impérialiste.

Huit ans après les Surkov leaks, un autre ensemble de documents fuités permet de voir comment les méthodes évoluent. Publiés en 2024 par le Centre Dossier, ils portent cette fois sur des projets de sabotage, de diversion et d’influence du renseignement militaire russe en Europe. 

Dans ces documents, les opérations d’influence politique voisinent avec des projets beaucoup plus offensifs. Des opérateurs liés à la Direction générale des renseignements russe (GRU) proposent d’organiser des actions anti-OTAN et anti-ukrainiennes dans plusieurs villes européennes avec des slogans tels que « l’OTAN est notre ennemi commun », « sortons de l’OTAN » ou « les sanctions nuisent aussi à notre économie ». Pour développer ce travail auprès de la gauche européenne, ils envisagent de s’appuyer sur le Molotov Club et sur Borotba, cette dernière devant fournir des contacts de coordinateurs. Le dossier identifie parmi les fondateurs du Molotov Club Leonid Ilderkine, ancien militant de Borotba.

Ces projets s’inscrivent dans un dispositif plus large du GRU qui comprend aussi des opérations de sabotage en Europe : incendies, attaques contre des infrastructures et tentatives d’entraver les chaînes logistiques de soutien à l’Ukraine. 

Selon une enquête du Kyiv Independent, Ilderkine apparaît également dans le réseau qui coordonne des pseudo-manifestations « ukrainiennes » organisées dans plusieurs pays européens contre Zelensky, la mobilisation et l’aide militaire à l’Ukraine. 

« Supposons que nous prenions le pouvoir »

L’activiste anti-autoritaire et publiciste Alexander Volodarski avait noté dès 2015 que Sakhnine fonctionnait à l’époque comme une interface entre une gauche moscovite intellectuellement présentable et des forces du Donbass beaucoup moins fréquentables pour un public occidental. Aujourd’hui, cette fonction a pris une dimension internationale : Sakhnine circule entre les réseaux, fournit des grilles de lecture, met en circulation des interlocuteurs russes présentés comme des opposants héroïques à Poutine.

En décembre 2025, Sakhnine consacre un article aux lourdes condamnations des membres du cercle marxiste d’Oufa, présentés au public français comme des militants de gauche persécutés et opposés à la guerre sur des positions internationalistes. Le jour même, Mélenchon relaie l’affaire : « En Russie, des militants d’opposition punis pour avoir organisé des cercles marxistes », écrit-il, avant d’ajouter : « LFI a eu raison d’accueillir des réfugiés politiques de la gauche antiguerre à Paris. Maintenant, il faut tous protester et ne pas abandonner les opposants de gauche russes. »

La répression est bien réelle et les peines – de 16 à 22 ans – extrêmement lourdes. Mais le récit gomme une partie singulière de l’histoire du groupe : plusieurs hommes passés par le cercle avaient auparavant combattu dans le Donbass du côté des forces de la DNR, et l’un d’eux deviendra ensuite un témoin central de l’accusation.

Sakhnine voit grand. Dans ses interventions vidéo en russe, il appelle à « créer un nouveau bloc historique », « comme le disait Gramsci » : une nouvelle « composition de classe » qui refuserait les compromis avec les forces centristes afin d’enrayer la militarisation de l’Europe. 

Sakhnine va jusqu’à imaginer une victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 – « supposons que nous prenions le pouvoir ». Un tel gouvernement pourrait alors, dit-il, offrir à Poutine une paix « digne », tenant compte des « questions objectives de sécurité de la Russie », jusqu’à envisager une sortie de l’OTAN de la France. Mais il bute aussitôt sur une contradiction : ouvrir largement la France aux déserteurs russes, leur fournir des documents et favoriser une désertion massive serait, reconnaît-il, un « acte hostile » aux yeux de Moscou. Comment négocier la paix avec Poutine tout en sapant sa mobilisation ? Sakhnine admet que la réponse n’existe pas encore.

Deskrussie 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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