14 avril 2021
L’agressivité croissante des régimes au pouvoir en Chine, en Russie et en Turquie doit devenir « l’un des thèmes majeurs de l’élection présidentielle de 2022 », estime, dans une tribune au « Monde », le député européen, qui détaille la stratégie à adopter.
Tribune. Le 22 mars, l’Union européenne a sanctionné quatre responsables chinois impliqués dans la persécution des Ouïgours, une première depuis le massacre de Tiananmen en 1989. En représailles, le régime chinois a sanctionné plusieurs élus et chercheurs européens, dont mes collègues Reinhard Bütikofer et Raphaël Glucksmann. Que leur reproche-t-il ? De critiquer le régime. Celui-ci entend désormais réprimer au-delà de ses frontières toute liberté d’expression.Cette escalade intervient dans un contexte marqué par une agressivité croissante des régimes autoritaires qui dirigent la Chine, la Russie ou encore la Turquie. Elle alimente une montée des tensions internationales comme on n’en avait plus connu depuis les années 1980. Ces régimes contribuent à déstabiliser notre voisinage en Syrie, en Libye, à Chypre, en Ukraine ou encore au Haut-Karabakh.
Ils s’efforcent aussi de fragiliser nos démocraties en y diffusant de fausses nouvelles, en y soutenant des mouvements extrémistes, en rachetant nos entreprises clés ou en ayant recours à des cyberattaques. Face à ces régimes autoritaires, il nous faut réagir maintenant. Et ces enjeux de politique étrangère doivent devenir l’un des thèmes majeurs de l’élection présidentielle de 2022.
Comment les faire reculer ? D’abord en dépendant moins d’eux. Il nous faut accélérer la décarbonation de nos économies pour le climat, bien sûr, mais aussi pour moins dépendre de la Russie ou de l’Arabie saoudite. Investir massivement dans la rénovation thermique des bâtiments et les énergies renouvelables ne sortirait pas seulement des dizaines de millions d’Européens de la précarité énergétique tout en créant des milliers d’entreprises et des millions d’emplois sur nos territoires, cela nous permettrait de mettre immédiatement fin au projet gazier Nord Stream 2 et de ne pas fragiliser un peu plus l’Ukraine déjà confrontée à l’agression militaire de son voisin russe. Ce qui est vrai pour l’énergie l’est tout autant pour la santé, le numérique, l’industrie, la défense.
Utiliser notre position de force
Certains pensaient il y a vingt ans que le « doux commerce » suffirait à amener la Chine à se démocratiser. Il n’en a rien été : le régime s’est au contraire durci depuis l’entrée du pays dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sur plusieurs dossiers que je suis en tant que député européen, comme le photovoltaïque ou la régulation du commerce, j’ai malheureusement constaté combien la stratégie chinoise associant menaces de rétorsion et division des Européens était efficace.
(Le Monde, suite pour les abonnés)
En matière internationale, je partage grosso modo les vues de Jadot - "faire reculer l'influence des régimes autoritaires" (quoiqu'au mot "autoritaire", je préfèrerais le mot "autocratique" - . Mais je ne partage pas tout à fait les moyens d'y parvenir. Bien entendu, réduire notre dépendance à l'égard de ces régimes est absolument nécessaire, que ce soit sur le plan énergétique, sanitaire, industriel, ... Cependant cela ne suffit pas. Le reproche que l'on peut faire à Jadot, c'est sa réticence à parler de l'aspect militaire (il ne veut pas s'engager "dans une nouvelle guerre froide". Mais on y est déjà, Mr Jadot : la Russie mène une guerre hybride contre les démocraties occidentales depuis 2014) . Or, le langage de Poutine ou Erdogan, c'est la force. On a vu qu'ils se moquaient du reste. Des "sanctions", des appels à "dialoguer", des interdictions de visa pour l'UE. Tout ça, ils s'en bidonnent, les régimes tels que ceux de Poutine.
Alors, les propositions de Jadot sont évidemment les meilleures pour le moment. Sont-elles réalistes, à l'heure où l'Allemagne s'engage à l'opposé de ce qu'il préconise (Nord Stream 2 par exemple) ? Je crains que non.
Un mot maintenant sur la politique nationale de Jadot (et des Verts). Alors en matière internationale, on est pas loin du pays des bisounours lorsqu'on occulte l'aspect militaire. Mais en matière nationale, on est carrément au beau milieu du beau pays des bisounours lorsqu'on occulte les problèmes d'immigration et d'islamisation. Le très gros reproche que l'on fera à Jadot et aux Verts sur ces questions, c'est d'être non seulement dans le déni, mais aussi d'être dans ce que certains appellent l'islamo-gauchisme. Noter que le terme "islamo-gauchiste" s'applique en France mais pas dans tous les pays européens, puisqu'au Danemark par exemple, la gauche a fait de l'islamisme un ennemi. C'est pourquoi, plutôt que de parler d'islamo-gauchistes, il vaudrait mieux parler d'islamo-collabos. Comme on pourrait parler de poutino-collabos pour d'autres.
16 avril 2021
Sur France 2, Le Maire inflige à Jadot une leçon de débat politique
Dans “Vous avez la parole”, Yannick Jadot a eu du mal à tenir la distance face au ministre de l'Économie, plus politique que jamais, qui jouait lui aussi une promotion interne.
Tout avait pourtant si bien commencé. Un peu stressé, Yannick Jadot s’est présenté sur le plateau de France 2 ce jeudi 15 avril pour son premier grand oral dans l’émission politique phare de la chaîne “Vous avez la parole”. Blazer bleu marine et jean, le candidat putatif à la présidentielle avait bien rodé ses arguments. Et ses slogans. L’eurodéputé écologiste veut “vivre mieux au quotidien” et souhaite “un avenir bienveillant pour nous et nos enfants”. Il esquive avec habileté la question de sa candidature en se présentant comme “un vecteur de l’écologie” souhaitant “le rassemblement avant tout” de sa famille politique.
Se voyant déjà en haut de l’affiche des candidats retenus sur la ligne de départ, il a réussi à s’en prendre en deux phrases à ses principaux adversaires, y compris au sein de son camp. “Je ne veux pas d’un dirigisme d’État technocratique, ni d’un dirigisme d’État vert ou rouge”, lance-t-il à l’égard d’Emmanuel Macron, de Jean-Luc Mélenchon et de ses propres troupes. “La sociale-démocratie a démontré ses limites”, termine-t-il avec le quinquennat socialiste de François Hollande. À deux jours d’une réunion qu’il a lui-même organisée avec l’ensemble de la gauche, cette stratégie de premier tour n’était peut-être pas la bonne, mais il s’affirmait sur le plateau.
L’assurance ou l’expérience de Le Maire
Et puis, Bruno Le Maire est arrivé. Et l’assurance ou l’expérience ont joué en la faveur du ministre de l’Économie qui a “gouverné la France pendant dix ans sur quinze”, comme le lui a rappelé à bon escient Yannick Jadot.
L’écologiste a d’abord été contraint de récupérer les maladresses reprochées à certains maires de son camp. “Moi, j’adore le Tour de France, je le regarde, mais on ne peut pas laisser une entreprise laisser autant de déchets en plastique”, a-t-il résumé comme dans un “en même temps” d’une écologie centrale ou pragmatique qu’il souhaite incarner.
Malgré quelques bonnes répliques, “Ce qui est sûr, c’est que nous, nous n’avons pas d’agences de com’ pour inventer le mec de ‘Make the planet great again’”, ou une saillie sur la défense des services publics contre la règle des 3% de déficit public imposée par Bruxelles et soutenue par Le Maire: “3% ça veut dire moins de lits hôpitaux, c’est pas un hasard si on n’a pas de vaccins en France”, Jadot a eu du mal à tenir la distance.
“Vous la soutenez ‘Ma Prime Rénov’?”
Il faut dire qu’en face de lui, le ministre de l’Économie arrivait avec son plan de relance à 30 milliards pour l’économie verte et une “prime rénov” qui a “aidé 200.000 familles françaises cette année” et sur laquelle Yannick Jadot ne s’est jamais positionné, visiblement embarrassé. Même sur le nucléaire, Barbara Pompili, la numéro 2 du gouvernement Castex, aurait été plus offensive pour prendre ses distances, quand lui hésite dans un nouveau en même temps: “On ne va pas arrêter du jour au lendemain le nucléaire (...) Il faudra en sortir...”, finit-il par lâcher. “Allez-y rapidement”, le presse Léa Salamé.
C’est surtout sur la forme que Yannick Jadot a été recadré, se faisant couper la parole par les journalistes ou son adversaire du moment, parfois sur un ton professoral. “Vous avez le temps, débattez!”, lui conseille Léa Salamé. “Ne donnez pas tous vos arguments”, surenchérit Le Maire, un rien condescendant. “Étayez Yannick Jadot”, l’encourage Salamé; “M. Jadot, si vous vouliez bien débattre avec moi plutôt qu’avec M. Sotto”, conclut Le Maire.
“Un strapontin aux Transports”
Sur Air France, au lieu de concentrer ses arguments sur le manque de conditions aux aides accordées, Jadot préfère prendre son temps de parole pour saluer l’action du gouvernement. “Il faut sauver Air France”, appuie-t-il face à un Le Maire satisfait. “Je suis heureux qu’on ait une industrie aéronautique”, salue-t-il encore, avant d’égrener ses voyages en avion jusqu’au Bengladesh qu’il a pu faire au cours de sa carrière professionnelle et dont il se souvient avec émotion. Il ne restait plus beaucoup de temps pour les conditions aux aides, chères à son camp.
À tel point que Bruno Le Maire lui a même proposé, à la toute fin du débat “un strapontin aux Transports”, se faisant soudain chef d’un potentiel gouvernement à composer. Car Le Maire, pour son anniversaire qui lui a même été souhaité par Jadot, jouait lui une tout autre partition. Interne. Alors qu’Emmanuel Macron pourrait avoir envie de changer de Premier ministre pour la campagne électorale. “Je n’ai pas le temps de me consacrer aux problèmes internes des Verts”, a-t-il dit, souhaitant même “bon courage” à Jadot pour sa réunion avec ses partenaires de gauche samedi alors que “Jean-Luc Mélenchon pratique la distanciation sociale à des milliers de kilomètres”.
Jadot aura peut-être marqué des points au sein de l’opinion et de son propre camp avec cette dernière punchline: “Le meilleur mot que vous avez sorti c’est ‘Emmanuel Macron est un homme sans projet parce que c’est un homme sans conviction? C’était la meilleure formule de 2017!’”. On le saura très vite. Le Maire, lui, en aura en tout cas certainement marqué en interne.

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