2 juin 2021
La sortie de prison, mardi, de l’ex-mafieux Giovanni Brusca relance le débat sur le statut de repenti
Le mafieux Giovanni Brusca vient d’être libéré après 25 ans de détention. Il avait déclenché la bombe qui avait tué le magistrat anti-mafia, sa femme et trois policiers en 1992 avant de collaborer avec la justice lors de son arrestation quatre ans plus tard.Mardi, le mafieux Giovanni Brusca est sorti de prison après avoir purgé une peine de 25 ans. Brusca, qui a avoué plus de 100 homicides, est célèbre pour son implication dans deux affaires. L’assassinat de Giuseppe Di Matteo, 12 ans, fils d’un autre repenti, dissous dans l’acide, et l’assassinat du juge anti-mafia Giovanni Falcone en 1992. C’est lui qui avait déclenché le détonateur de la bombe qui avait détruit une partie de l’autoroute près de Palerme, en Sicile, tuant le juge, sa femme et trois agents de son escorte policière.
Giovanni Brusca agissait pour le compte du parrain Tota Riina avant
de se repentir après son arrestation en 1996 et de bénéficier du statut
de « collaborateur de justice », défini par une loi qui permet aux
anciens mafieux d’obtenir des allégements de peines et une protection de
l’Etat. Sa remise en liberté fait hurler au scandale le monde politique
italien. A droite, avec Matteo Salvini et Giorgia Meloni, comme à gauche, avec Enrico Letta,
beaucoup pointent une « injustice » pour les victimes et une défaite
pour l’Etat. L’émotion suscitée a relancé le débat sur les
collaborateurs de justice avec cette question : faut-il leur accorder un
traitement de faveur ?
En réalité, la particularité du collaborateur de justice est fondée sur
un constat : plus l’assassinat est important, plus son auteur est censé
connaître les détails de l’organisation commanditaire et de ses modes
opératoires, plus il est intéressant de conclure un accord avec lui.
Cette loi a été pensée par le juge Falcone lui-même, conscient que pour
infiltrer la mafia, il était nécessaire de se reposer sur d’anciens « insiders » auxquels il fallait donner des motivations solides pour parler.
« Système de valeurs ». « La libération de Brusca est une victoire pour l’Etat : pacta sunt servanda, assure un magistrat italien. Les accords se respectent, la République tient ses engagements et prouve avoir un système de valeurs différent de celui des criminels. » « C’est une nouvelle qui me fait de la peine, mais c’est la loi, une loi voulue par mon frère et qui doit être respectée », approuve, de son côté, Maria Falcone.
La loi sur les repentis a été fondamentale pour lutter contre la mafia sicilienne qui était, dans les années 1980, une organisation impénétrable et protégée par l’omerta, y compris dans la population. Grâce aux accords avec les repentis, la magistrature a pu la combattre, utilisant ensuite les méthodes expérimentées contre Cosa Nostra pour s’attaquer à la Camorra campanienne et la ’Ndrangheta calabraise.
Piero Grasso, ancien procureur national anti-mafia, milite pour que l’Etat continue à protéger Brusca, car il est nécessaire « de le faire témoigner dans les procès et obtenir ainsi des condamnations ». Il se dit également « effrayé » par la méconnaissance du phénomène mafieux des politiques : « Eliminer les avantages par les collaborateurs de justice, comme le demandent certains, aurait des effets délétères : on n’aurait plus de repentis et donc moins d’éléments pour condamner. » Il semble actuellement difficile que le gouvernement décide de revenir sur la législation actuelle.

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