samedi 7 août 2021

Ukraine : en Crimée, 7 ans d'occupation

Si la France et l'Allemagne avaient un peu d'honneur, un peu de courage, un peu de volonté, elles appuieraient l'entrée de l'Ukraine dans l'OTAN, au lieu de s'y opposer. Elles appuieraient militairement l'Ukraine, au lieu de rester à l'écart et de faire du business avec les mafieux russes. Elles essaieraient, en douce, de faire sauter le pont de Crimée (et même NS2) construit par le régime criminel du Kremlin. Une action de sabotage, discrète, non revendiquée, éventuellement menée par des mercenaires, ça aurait de la classe . On le sait, elles ne feront rien de tout cela. Quant à l'UE, elle est impuissante car contrôlée par l'Allemagne

Voyage dans la région vitrine de Vladimir Poutine

Reportage. Déjà sept ans que la péninsule de la mer Noire, autrefois ukrainienne, a été annexée par la Russie. Alors que les rares voix dissidentes subissent discrimination et répression, les touristes russes débarquent en masse pour goûter aux stations balnéaires, à la découverte d’une région aussi charmante que stratégique.

Cela fait sept ans que le sort de la Crimée a basculé, entraînant une inflexion des relations entre Moscou et l’Occident. « Annexée » pour les uns, « réunifiée » à la mère-patrie pour les autres, la péninsule qui appartenait à l’Ukraine a été rattachée à la Russie en mars 2014. Si les positions sont figées, la réalité de ce territoire aux paysages grandioses s’est modifiée inexorablement, et avec elle la vie des Criméens.

Pour Moscou, la péninsule est plus qu’un morceau de terre supplémentaire : elle doit être la vitrine d’une Russie conquérante. Fin juin, départ de Moscou, atterrissage à Anapa, sur le « continent », là où commence le nouveau et emblématique pont de Crimée. Et début d’un voyage de cinq jours entre mer et montagnes, à l’heure où les premiers touristes russes viennent découvrir les splendeurs de la Crimée.

Le pont de Crimée, étendard du pouvoir russe

Sur le plus long pont d’Europe, un camion Scania vieillissant se fraie son chemin à 80 kilomètres-heure. A droite, les eaux claires de la mer d’Azov. A gauche, l’azur de la mer Noire. Fenêtre ouverte et bras posé avec une nonchalance experte sur le rebord de la vitre, Sergueï P., « quarante fois l’équateur » au compteur, savoure. Une fois par mois, le chauffeur routier de 59 ans franchit le pont de Crimée, qui enjambe le détroit de Kertch et relie, à l’est, la péninsule de Crimée au « continent ».

Moins de trente minutes de traversée, quand par le passé il fallait patienter jusqu’à vingt-quatre heures pour monter à bord du bac. Et rejoindre un autre pays. Six heures plus tard, le camion livrera sa cargaison à Sébastopol, à la pointe sud-ouest de la péninsule. Trente-trois tonnes de Fanta et de Coca-Cola que le routier transporte avec un dédain amusé : « Est-ce que j’ai une tête à boire ça, moi ? »

 LeMonde

 

 

 

 Crimée: un jour dans la vie d’Olexandre, soldat ukrainien encerclé dans sa base

 7 mars 2014

Sept heures du matin: le réveil sonne pour Olexandre, soldat ukrainien sur la base aérienne de Belbek en Crimée. Une nouvelle journée commence. Un seul bémol, mais de taille: il est encerclé par une armée étrangère.

Depuis cinq jours, ce mécanicien d’aviation de 27 ans ne rentre plus chez lui, dans le petit appartement qu’il occupe avec sa femme et leur bébé de six mois de l’autre côté des grilles de l’aéroport militaire de Sébastopol.

« D’ordinaire, je travaille de 08h00 à 17h00 », explique à l’AFP ce jeune homme aux yeux bleus sous sa chapka près de la grille fermée d’une des entrées de la base. « Je fais le plein des avions. Mais depuis que les Russes sont arrivés nous dormons tous là, dans les dortoirs. Nous montons la garde. Nul ne sait combien de temps cela va durer. Pour l’instant ils laissent entrer le ravitaillement, nous mangeons comme d’habitude ».

Un matin, ils ont vu arriver près des hangars à Migs des soldats bien armés et organisés, sans insignes mais facilement reconnaissables: des forces d’élite de Moscou. Les consignes étant d’éviter la confrontation, les militaires ukrainiens se sont repliés vers les casernements dans la partie basse de la base, abandonnant pistes et appareils aux Russes.

« Maintenant les ordres sont de se tenir près de la porte pendant quatre heures puis on est relevés » dit-il. Il porte son gilet pare-balles ouvert, n’a pas engagé de chargeur dans la culasse de la kalachnikov qu’il porte à la bretelle. « Ensuite pendant deux heures il faut rester éveillé, on peut être appelés s’il y a une urgence. Puis on peut dormir deux heures ».

«Russie! Russie!»

Une urgence, en voici une: une centaine de manifestants pro-russes, drapeaux et mégaphone, approchent en criant « Russie ! Russie ! » du portail fermé par une chaîne et un cadenas.

Sous les ordres du commandant Oleg Podovalov, numéro deux de la base, les hommes se postent au coude à coude sur trois rangs devant l’entrée. Aucun ne porte d’arme, les mains sont dans les poches, les regards sévères. Six soldats ont passé cagoules et casques, longues matraques aux côtés, mais se cachent derrière un mur.

« Nous voulons parler à un responsable ! », lance un homme aux cheveux blancs, blouson de cuir noir.

« Allez-y, c’est moi » répond l’officier, haute casquette bleue descendue sur les yeux.

« Nos grands-pères ont combattu ensemble dans la glorieuse armée soviétique et là vous faites le jeu de l’Amérique ! », clame l’homme dans le petit mégaphone rouge et blanc. « Soyez courageux ! Ne faites pas le jeu des bandits qui ont pris le pouvoir à Kiev ! »

L’officier le fixe droit dans les yeux, sourit, ne dit pas un mot.

« Lâches ! Lâches ! Honte ! Honte !  » crie la foule. Une babouchka aux yeux lançant des éclairs met ses mains en porte-voix entre les barreaux de la grille et crie: « Soyez braves, ne faites pas le jeu de l’Otan ! »

Olexandre se tient en retrait, au quatrième rang, les mains dans ses manches pour les protéger du vent froid.

Pas de «leçon»

« L’Union Soviétique, mes deux parents l’ont défendue, ils étaient soldats tous les deux. Mon père est mort quand j’étais enfant. Ma mère était ingénieur dans l’armée, elle a construit les immeubles que vous voyez là. Alors ces gens là ne vont pas nous donner de leçon », dit-il.

Une guerre avec la Russie ? « Une chance sur deux, c’est toujours possible. Je suis un peu inquiet pour ma famille. Mais s’il faut se battre, nous nous battrons. Pour l’instant les soldats russes autour de la base ne sont pas nombreux, ils n’ont que des armes légères. Nous avons des avions, des blindés. Et s’ils reçoivent des renforts, des renforts viendront aussi pour nous des autres régions d’Ukraine. Je suis sûr qu’ils se préparent ».

Après une demi-heure de face à face, sur l’injonction d’un meneur, les civils baissent les drapeaux, s’en retournent vers le village. Un homme crache par terre.

Dans la base un soldat pose sur le toit d’une voiture un haut-parleur, allume l’auto-radio. Tout le monde reconnait les premières mesures de « Katioucha », un fameux chant patriotique à la gloire des héros de la victoire sur l’Allemagne nazie.

 

http://www.45enord.ca/2014/03/crimee-un-jour-vie-olexandre-soldat-ukrainien-encercle-dans-sa-base/

 

 

 

 

 


 Lire ou relire :

>>> «La libération de la Crimée et son retour à l’Ukraine constituent un impératif moral puissant». Il y a cinq ans, Moscou annexait la Crimée. A l’occasion de ce douloureux anniversaire pour Kiev, le chef de la diplomatie ukrainienne tient à démonter le « mythe » selon lequel « la Crimée a toujours été russe ». LeSoir

 >>> Lettre datée du 28 février 2014, adressée à la Présidente du Conseil de sécurité par le Représentant permanent de l’Ukraine auprès de l’Organisation des Nations Unies (UN)

 >>> La Russie programme l'annexion de la Crimée Lemonde, 12 mars 2014

 >>> Paris suspend l'essentiel de sa coopération militaire avec la Russie. Jean-Yves Le Drian qualifie par ailleurs l'annexion de la Crimée par la Russie de «menace pour la paix et la sécurité en Europe». Libération, 21 mars 2014

 >>> Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur la situation en Ukraine et la coopération militaire au sein de l'OTAN, à Tallinn le 21 mars 2014. ViePublique

 >>> Mémorandum d'assurances de sécurité dans le cadre de l'adhésion de l'Ukraine au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Budapest, 5 décembre 1994  (UN)

 >>> 5 décembre 1994 : signature du mémorandum de Budapest (sur l'excellent site : BlogDeGilles)

 >>> Des réponses intéressantes à la question " Pourquoi les signataires du Mémorandum de Budapest sur les assurances de sécurité (sauf la Russie) ne protègent-ils pas l'Ukraine avec force?" à lire ici , dont cette conclusion : "Si les signataires du Mémorandum de Budapest n'ont pas aidé l'Ukraine, cela indiquerait clairement que la seule façon de protéger vos intérêts est La Bombe ."

 

 

 

 

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire