lundi 2 août 2021

Lituanie : chantage à l'immigration par Minsk/Moscou

 Après le Maroc utilisant l'immigration comme une arme contre l'Espagne, la Biélorussie (càd la Russie) fait de même contre la Lituanie. Dans la guerre hybride menée par la Russie à l'Occident, l'immigration apparaît de plus en plus comme un instrument de déstabilisation.

Crise migratoire: la Lituanie soumise au chantage par Minsk

REPORTAGE - Le pays fait face à un afflux de migrants sans précédent, encouragé par la Biélorussie.

À Vilnius

Posée le long d’une route étroite et poussiéreuse, l’école rénovée, mais vide, du village de Vydeniai, dans le sud de la Lituanie, a été transformée en refuge. Le bâtiment de briques blanches abrite désormais 150 Africains, tous arrivés à pied début juillet en traversant les forêts de bouleaux et de pins qui séparent la Biélorussie de la Lituanie.

Atterri à Minsk pour étudier, le Camerounais Amourou affirme avoir été trahi par son passeur alors qu’il croyait se rendre en Russie et être devenu l’esclave domestique d’un Turkmène. C’est sur les réseaux sociaux qu’a circulé l’information pour passer dans l’Union européenne. À Grodno, à 30 kilomètres de la frontière lituanienne, «la ville bougeait, il y avait beaucoup de gens, Noirs comme Blancs, Arabes comme Russes», explique-t-il.

Il trouve son chemin tout seul, repère une file de camions. Amourou finit par être interpellé. Il comprend qu’il se trouve en Lituanie «à la vue du drapeau sur l’épaule» des officiers. Chaque jour, les gardes-frontières  (LeFigaro)

 

 >>> La Lituanie érige une clôture à sa frontière avec la Biélorussie 

Vilnius, soutenue par l’Union européenne, accuse le régime d’Alexandre Loukachenko d’instrumentaliser l’afflux de milliers de migrants.  

« Ce n’est pas une crise migratoire, c’est un acte d’agression de la part du régime de
Loukachenko. »
Le discours tenu par Ylva Johansson, commissaire européenne aux affaires intérieures, lors d’une visite en Lituanie, lundi 2 août, se voulait ferme et sans concession. Façon aussi d’afficher le soutien de l’Union européenne (UE) à ce pays balte qui fait face, depuis plusieurs semaines, à l’arrivée de milliers de migrants, majoritairement irakiens, par la frontière biélorusse. « Les institutions du régime [de Minsk] prennent part d’une manière ou d’une autre à cet afflux », a appuyé Ingrida Simonyte, première ministre lituanienne.

L’augmentation du nombre de franchissements irréguliers entre la Lituanie et la Biélorussie, pays voisins, coïncide avec la décision prise, les 24 et 25 mai, par les chefs d’Etat et de gouvernement européens de sanctionner des personnalités et des entreprises biélorusses, après le détournement sur Minsk d’un vol Ryanair et la capture du journaliste d’opposition Roman Protassevitch, qui se trouvait à bord. Sanctions qui se sont ajoutées à celles déjà adoptées depuis la répression des grandes manifestations contre la réélection frauduleuse du dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, en août 2020.

 Ce dernier avait immédiatement répliqué à cette salve de sanctions en menaçant « d’inonder l’Union européenne de drogues et de migrants ». La Lituanie a vite constaté qu’il ne s’agissait pas de paroles en l’air. En 2020, 74 migrants avaient franchi irrégulièrement la frontière du pays. On en dénombre 3 882 cette année, dont 2 882 pour le seul mois de juillet. « Et la situation se détériore de jour en jour », a alerté Ylva Johansson. La question migratoire était un volet de coopération avec la Biélorussie depuis 2012.

 LeMonde


 

 

Lire aussi :

>>> Les Etats baltes face à la Russie sur fond de crise ukrainienne : la gestion d’une situation précaire (SciencesPo)

>>> En Lituanie, dans les camps des migrants envoyés par Loukachenko. Depuis juillet, 4 124 étrangers en situation irrégulière, dont 2 799 Irakiens, sont arrivés dans ce petit pays balte. Vilnius, qui accuse le régime biélorusse de les instrumentaliser, veut les contraindre à retourner dans leurs pays. Lemonde

 

 

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