lundi 30 août 2021

Ukraine. Le lâchage de l’Afghanistan par Washington sonne comme un avertissement pour l’Ukraine

Lorsque Biden avait donné son aval au pacte (gazier) germano-russe scellé par le pipeline Nord Stream 2 , je disait que ce président des Etats-Unis était pire que le précédent en matière internationale. Je ne m'attendait pas à une si rapide confirmation. Et pourtant, oui, Biden est pire Trump. On le voit une nouvelle fois avec ce désastre en Afghanistan. L'Ukraine avait bien compris que les USA n'étaient pas fiables, qu'il ne fallait compter sur eux que modérément pour les aider face à la Russie (l'Allemagne et la France ne sont d'ailleurs pas plus fiables). Confirmation aujourd'hui. Confirmation aussi que l'Ukraine a toute légitimité pour se doter à nouveau de l'arme atomique, puisque ni le droit international, ni ses prétendus alliés ne la soutiennent pleinement.

Le retrait des troupes américaines de Kaboul rappelle à Kiev, en conflit avec la Russie, que le soutien des Etats-Unis n’est ni éternel ni inconditionnel.

Analyse. Une centaine d’avions et d’hélicoptères, des chars, des systèmes lance-roquettes, 5 000 soldats défilant sur l’artère principale de Kiev… L’Ukraine a – littéralement – sorti l’artillerie lourde, mardi 24 août, pour marquer le trentième anniversaire de son indépendance. Une célébration hautement symbolique pour cette ancienne république soviétique, en guerre depuis sept ans dans le Donbass, contre des séparatistes soutenus par la Russie. Trente ans après la chute de l’URSS, le pays ne cesse de frapper à la porte de l’Union européenne et de l’OTAN, dans l’espoir d’échapper à l’emprise de Moscou. En juillet, le président russe, Vladimir Poutine, a encore affirmé, dans un long texte sur « l’unité historique » des deux pays, que les Russes et les Ukrainiens formaient « un seul peuple ».

Face à la menace que représente, à ses yeux, l’ancien « grand frère » devenu ennemi, Kiev comptait sur la présence des dirigeants étrangers pour s’afficher à ses côtés lors des célébrations de l’indépendance et prouver qu’il pouvait compter sur leur soutien. Malgré un contexte international tendu, lié au retrait chaotique des troupes américaines d’Afghanistan, plusieurs d’entre eux, dont le président polonais, Andrzej Duda, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, et la secrétaire américaine à l’énergie, Jennifer Granholm, ont assisté à la cérémonie.

La veille, les représentants de 46 pays avaient également répondu présents pour la première « Plate-forme de Crimée », une journée spéciale organisée par Kiev pour appeler à la fin de l’occupation de la péninsule ukrainienne, annexée par la Russie en 2014. Ulcéré, le Kremlin a fait pression sur plusieurs Etats pour les dissuader de venir. L’Azerbaïdjan a ainsi renoncé à la dernière minute. Malgré l’absence du président américain, Joe Biden, et de la chancelière allemande, Angela Merkel, représentés au niveau ministériel, le bilan de ce forum – censé devenir un « organe consultatif et de coordination » pour faire revenir la Crimée dans le giron ukrainien – est jugé encourageant. « Le fait que 46 pays aient signé la déclaration finale désignant la Russie comme “puissance occupante” est un signal fort : l’Ukraine n’est pas seule », estime Oleksiy Melnyk, codirecteur du centre de réflexion Razumkov.

Trahison

Le soutien en demi-teinte des alliés de Kiev dans ces deux événements symboliques n’est pas de nature à rassurer totalement les Ukrainiens. Depuis quelques mois, ils sentent cet appui vaciller dangereusement aux Etats-Unis et en Europe. En juin, la proposition franco-allemande de relancer le dialogue avec Moscou, en organisant un sommet des Vingt-Sept avec le président russe, a pris l’Ukraine par surprise. Le projet a avorté face au tollé rencontré dans le reste de l’Europe, mais il lui a laissé un goût amer.

Lemonde

 

 


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