Encore un excellent édito de Sylvie Kauffmann. Enfin un billet qui ne tombe pas dans des ridicules louanges de Merkel, cette fossoyeuse de l'UE .
La chancelière a manié durant ses quatre mandats une diplomatie fondée sur le compromis et les intérêts économiques, montrant en réalité la faiblesse géopolitique de la confortable Allemagne, juge dans sa chronique Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».
Chronique. Lundi 13 septembre, le conseiller de Joe Biden pour la sécurité nationale, Jake Sullivan, a téléphoné à la première ministre lituanienne, Ingrida Simonyte, pour l’assurer du « fort soutien » des Etats-Unis face à la Chine. La petite république balte subit en effet les foudres du géant chinois pour avoir accepté un « bureau de représentation de Taïwan » à Vilnius, et pour avoir osé quitter le groupe 17 + 1, monté par Pékin afin de nouer des relations privilégiées avec dix-sept Etats d’Europe centrale et orientale.
L’Américain a promis un « approfondissement de la coopération économique, diplomatique et de défense » avec Vilnius, selon Washington. La Lituanie aurait apprécié un soutien similaire de la part de l’Union européenne, dont elle est membre. Certes, le président Emmanuel Macron a fait le geste d’envoyer un SMS à son collègue lituanien, mais contrairement à la Maison Blanche, il ne l’a pas fait savoir. Des parlementaires, dont le Français Jean-Louis Bourlanges, ont signé une déclaration commune de soutien, mais sans coordination au niveau de l’Union européenne (UE). Et de Bruxelles, rien. Sinon une occasion ratée de promouvoir la solidarité et la souveraineté européennes.
Peut-être est-ce à Berlin qu’il faut chercher la raison de cette tiédeur. Car, sur les relations avec la Chine, l’influence allemande est déterminante – et plus encore l’influence de la chancelière. Angela Merkel n’hésite jamais à dénoncer les violations des droits de l’homme, un sujet qui lui tient à cœur. Elle est infiniment plus prudente sur ce qui risque de mettre en danger les intérêts économiques majeurs de son pays, en particulier en Chine, où elle aura fait pas moins de douze visites officielles, accompagnée d’hommes d’affaires, pendant ses quatre mandats. Au moment où elle s’apprête à quitter la scène et fait sa tournée d’adieu, à l’approche des élections du 26 septembre, cet épisode illustre subtilement les limites du « merkélisme ».
Un « en même temps » plus discret
Art du compromis et de la recherche d’équilibre entre intérêts divergents, le merkélisme a fermement ancré l’Allemagne réunifiée dans l’Europe élargie ; il a aussi permis de sauvegarder l’unité de l’Europe quand elle aurait pu se fissurer. Le merkélisme, c’est réussir à obtenir l’unanimité des Vingt-Sept sur les sanctions contre la Russie tous les six mois depuis 2014, tout en imposant le gazoduc Nord Stream 2, énorme concession à Vladimir Poutine, malgré l’opposition des Américains, des Ukrainiens et de plusieurs partenaires européens. Une sorte de « en même temps » plus discret, à l’allemande.
Lemonde
>>> Les Großes saloperies de Merkel contre l'Europe (rappels) :
Si l'UE agonisante prend fin, ce que je souhaite désormais, on pourra dire que l'Allemagne aura porté le coup fatal ! Qu'on en finisse, qu'on soutienne l' Intermarium, et qu'on demande l'intégration de la France à cette nouvelle union !
>>> Allemagne : derrière la prospérité économique, un Etat fragile
Infrastructures vieillissantes,
retards dans la transition numérique, investissements publics étranglés
par l’orthodoxie budgétaire… Le changement climatique et la crise
sanitaire révèlent les faiblesses de la première puissance économique
européenne. (Lemonde)
>>> Mathieu Bock-Côté: «Merkel et le retour de l’Allemagne impériale»
CHRONIQUE - L’événement le plus important durant les mandats d’Angela Merkel restera la crise des migrants de 2015, quand la chancelière allemande a accueilli un million de personnes.
L’heure des bilans, pour un dirigeant, correspond souvent à l’heure des louanges. Angela Merkel a droit aux siennes, de manière étonnante, cela dit, pour peu qu’on pense à son héritage, qui n’a rien de glorieux. Certes, la dirigeante allemande est restée 16 ans au pouvoir, et en politique, la durée a sa valeur. Mais pour peu qu’on évalue son empreinte à l’échelle de l’histoire, on la jugera autrement.
Car au-delà des milliers de décisions qui ont façonné son passage au pouvoir, l’événement le plus important demeurera la crise des migrants de 2015, quand Angela Merkel a décidé d’accepter un million de migrants, ce qui allait transformer le destin démographique de l’Allemagne et la composition de sa population - on a appris, après coup, qu’un grand nombre d’entre eux n’étaient pas syriens, mais le détournement du droit d’asile en filière migratoire à part entière n’est plus à démontrer.
Plusieurs ont vu dans cette décision un calcul économique, pour rajeunir la population allemande. Lefigaro
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