Un bon article des Echos, qui n'évacue pas " l'arme de l'immigration" utilisée par la Biélorussie poutinienne pour déstabiliser la Pologne. Mais n'en doutons pas, les manoeuvres russes ne feront pas bouger l'Europe de l'ouest (et surtout pas l'Allemagne), entrée dans un sommeil profond et imperturbable depuis belle lurette
A vrai dire, dans les
milieux militaires, on ne s'inquiète pas trop de la démonstration de
force lancée par vendredi par Moscou à l'occasion de « Zapad 2021 »
(Ouest 2021), un exercice stratégique programmé tous les quatre ans.
Mais sur fonds de tensions récurrentes, les services de renseignements
occidentaux sont en alerte pour observer ces exercices militaires, qui
visent à dissuader l'Otan de toute tentative d'agression.
200.000 militaires mobilisés
Cette fois-ci, Moscou a également à coeur de rappeler aux Européens que la Biélorussie demeure dans sa sphère, après la répression menée par le président Alexandre Loukachenko contre les protestataires politiques de 2020 . Alors qu'en 2017, lors de l'exercice Zapad précédent, la Biélorussie tentait de conserver une certaine neutralité entre les deux camps, Minsk a cette fois largement invité la Russie sur son territoire.
Les opérations militaires se dérouleront jusqu'au 16 septembre, sur 9 bases militaires russes, 5 bases biélorusses, ainsi qu'en mer Baltique. Histoire d'impressionner l'Otan, le ministère de la Défense russe a annoncé la mobilisation de près de 200.000 militaires, plus de 80 avions et hélicoptères, 290 chars et 240 systèmes d'artillerie, ainsi que de 15 navires. Soit bien davantage qu'en 2017, où on avait estimé la mobilisation à 60.000 hommes .
En
toute logique, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, s'est
ému que les effectifs participant aux exercices ne respectent pas les
obligations prises au titre du Document de Vienne, un accord
international qui régit les échanges d'informations sur les exercices
militaires en Europe. Celui-ci limite à 13.000 le nombre de soldats
participant à des exercices sans invitation d'observateurs extérieurs.
« Il est très difficile d'accorder le moindre crédit aux chiffres
annoncés », relativise Isabelle Falcon, directrice adjointe de la
Fondation pour la recherche stratégique (FRS), en soulignant que la
Russie contourne la règle des observateurs en cumulant de multiples
exercices sur des lieux différents.
Moscou enrôle la Biélorussie
Un dérapage est-il possible ? « L'exercice fait peur aux pays frontaliers, mais il ne faut pas le surinterpréter », souligne Thibault Fouillet, spécialiste des pays baltes et de la Pologne à la FRS, en rappelant que cet exercice est programmé et que des mécanismes de « déconfliction » (plans de vol des chasseurs, communication entre états-majors…) sont organisés dans le cadre de l'OSCE.
Le
scénario choisi pour Zapad 2021 est toutefois explicite : il s'agit de
s'entraîner à bloquer une invasion de la Biélorussie par ses voisins,
avec l'appui d'un pays scandinave, et de mener une contre-offensive.
« En 2013, personne, hormis les spécialistes militaires, ne se souciait
de Zapad. En 2017, l'exercice avait lieu à la suite de l'occupation de
la Crimée et de la décision consécutive de l'Otan de renforcer sa
présence militaire dans les Etats baltes. Cette fois, cela s'inscrit
dans la suite des incidents frontaliers avec l'Ukraine, du conflit en
Syrie et des répressions menées par Loukachenko en Biélorussie »,
rappelle Thibaut Feuillet. En sus, le gouvernement polonais accuse le
président Loukachenko de vouloir déstabiliser ses voisins en favorisant
le passage de migrants afghans en Europe .
Un « show » menaçant
Le président Vladimir Poutine évoque de son côté des exercices classiques : « Les manoeuvres Zapad 2021 ne sont dirigées contre personne, mais leur tenue est logique, quand on voit d'autres alliances, l'Otan en particulier, qui accroît activement sa présence militaire aux frontières de l'Union russo-bélarusse », a-t-il déclaré.
« Zapad 2021 est un grand show bien préparé qui vise le public national et international, pour avertir l'Otan du prix élevé d'une intervention mais aussi cette année, pour montrer que le lien entre la Russie et la Biélorussie est plus fort que jamais », résume Isabelle Falcon. Aussi, l'un des enjeux des services de renseignements sera d'évaluer si les forces russes profitent de Zapad pour ouvrir de nouvelles bases en Biélorussie.
Anne Bauer, LesEchos
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