On l'a vu, le niveau scolaire continue sa chute, la France étant dorénavant le cancre d'Europe. Ce n'est pas tout : en matière de recherche (comme aussi pour l'industrie ou la géopolitique), le déclin français se confirme
La recherche scientifique, qui fournit pourtant des éléments essentiels à la vie démocratique, n’apparaît que très marginalement dans les confrontations d’idées et d’arguments. L’esquisse de campagne présidentielle qui se dessine ces jours-ci en fournit une illustration confondante.
En bonne logique, cet affaissement aurait dû se situer au centre des préoccupations des gouvernements qui se sont succédé ces dernières années, tout autant qu’il devrait constituer l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle qui s’ouvre. Ce n’est pas le cas. Les gouvernants actuels, comme leurs prédécesseurs, ont certes prononcé des paroles volontaires, et parfois lancé des plans d’envergure. Mais la cause des sciences n’est jamais assez prioritaire, l’attention qui lui est portée assez soutenue, les efforts assez conséquents pour inverser radicalement le cours des choses. Les politiques publiques, comme les investissements privés, semblent conçus pour limiter le déclin, sans jamais donner l’impression de viser le nouvel élan.
Dans le débat public, c’est encore pire. La recherche figure, certes, comme un passage obligé des programmes de tous les partis. Pour autant, elle n’apparaît que très marginalement dans les confrontations d’idées et d’arguments. L’esquisse de campagne présidentielle qui se dessine ces jours-ci en fournit une illustration confondante.
(Éditorial de Jérôme Fenoglio, Directeur du « Monde »)
>>> Déclin de la recherche
Dépassée par ses concurrents en termes de productivité scientifique, la France voit son modèle miné de l’intérieur, dessinant une trajectoire qui l’éloigne toujours plus de son rang historique.
Non seulement l’Australie n’achètera pas de sous-marins à la France, mais en plus, ses chercheurs sont sur le point de passer devant les nôtres en termes de productivité. C’est ce qui ressort des premières données provisoires sur l’année 2020, communiquées par l’Observatoire des sciences et techniques (OST) au Monde, portant sur le volume des publications scientifiques nationales.
En 2017, l’Italie était passée devant la France, qui se retrouve désormais à la limite d’être exclue du top 10 par le Canada, l’Espagne et l’Australie, alors qu’elle en était sixième en 2009. « Décrochage rapide depuis quinze ans », écrivaient, pour qualifier la situation française, les auteurs d’un des rapports destinés à nourrir la loi de programmation pour la recherche (LPR), votée fin 2020. Celle-ci était censée stopper l’érosion mais elle a surtout réveillé les contestations d’une communauté scientifique doutant de l’intérêt des réformes structurelles, qui depuis 2005 accompagnent ce décrochage. Même si corrélation n’est pas causalité.
Et derrière le flétrissement du prestige français, en termes de publications, de moyens financiers, de salaires, des fractures apparaissent au sein même de la communauté scientifique nationale, entre laboratoires riches et pauvres, vedettes et secondes lignes, titulaires et précaires… signant la fin de l’exception du modèle français dans le paysage mondial.
A l’occasion des 10 ans du supplément « Science & médecine », nous avons voulu, pour paraphraser Condorcet, tenter l’esquisse d’un tableau des fractures scientifiques qui traversent le pays des Lumières.
Une productivité en baisseCertes, la France, avec 1 % de la population mondiale et plus de 2,5 % de la production d’articles scientifiques (sur plus de deux millions), « fait partie des pays les plus intensifs en recherche », comme l’indique l’OST dans son dernier rapport. Mais « elle bouge moins vite que le monde », rappelle Frédérique Sachwald, sa directrice. Si bien que sa part ne cesse de décroître et son rang de baisser. Pire, si elle est encore dans les dix pays qui publient le plus, elle n’est que seizième sur un indicateur de qualité élaboré par l’OST qui prend en compte le centile des publications les plus citées, derrière la Belgique, la Suisse ou le Danemark.
Décidément, les perspectives ne sont guère brillante en France. Hélas, l'UE semble elle aussi glisser sur une très mauvaise pente. On s'était dit que peut-être après le Brexit, sans les blocages du R-U , l'UE fonctionnerait mieux. Il n'en est rien. Au contraire, je constate :
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