CHRONIQUE - La victoire humiliante des talibans en Afghanistan s’inscrit dans un contexte de recul mondial de la démocratie. L’Europe désaccordée ne parvient plus à faire entendre sa voix, s’inquiète l’historien et essayiste*, que nos lecteurs retrouvent chaque premier lundi du mois.
Mon début peut se dire très vite, car il ne souffre guère de discussion, et a été du reste largement traité dans la presse internationale. Il s’énonce comme suit: les États-Unis n’ont pas été vaincus à Kaboul, puisqu’ils n’ont pas combattu. Ils se sont seulement déshonorés.
La France est la dernière à pouvoir le leur reprocher, puisqu’elle fit de même en 1962, quand le général de Gaulle abandonna les harkis à la vindicte du FLN. Combien moururent, victimes de torture et de lynchage, analogues à ce qui est promis aux collaborateurs afghans des Occidentaux, malgré les bonnes paroles des talibans? Par milliers, par dizaines de milliers sans doute.
Sous-lieutenant en Algérie, de longue date partisan de son indépendance, j’ai vu les harkis, les chefs de village que nous avions entraînés dans une guerre sans issue, s’accrocher aux camions de l’armée française, comme aujourd’hui les Afghans aux avions de l’US Air Force. Je n’oublierai jamais le regard de ces malheureux.
Oui, malheur à qui fait confiance
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