mardi 19 octobre 2021

France. Avec Zemmour, même les morts ne peuvent pas reposer en paix

Que Zemmour soit "islamophobe" (comme ils disent), c'est très bien. C'est même la seule chose qui pourrait me le rendre sympathique.

Mais on aurait aimé que Zemmour ne se mêlât pas de ce qu'il ne connaît pas. Or, hélas, l'agité du bocal ne peut s'empêcher de raconter souvent n'importe quoi sur n'importe quel sujet. Des exemples ?

- l'Ukraine. Rien de neuf : comme les Le Pen et autre Mariani, Zemmour se contente d'ânonner la propagande poutinienne.
- le "rapprochement" (en Novlangue zemmourienne) avec la Russie  -c'est-à-dire la soumission à Poutine-. Alors là, c'est carrément de la trahison. Et un poutino-collabo de plus ! Répétons-le : la Russie est un ennemi qui veut faire éclater l'Europe. Zemmour adore De Gaulle ? Mais De Gaulle ne se serait jamais couché devant Poutine
- Ah... et puis, Zemmour-le-poutinolâtre  nous saoule vraiment avec ses citations à la con toutes les 30 secondes. Il adore citer les morts. C'est facile de leur faire dire n'importe quoi, aux morts. Et quand il cite des vivants, lesdits vivants répondent que Zemmour raconte n'importe quoi (exemple ici).  Plutôt que de vivre dans un passé idéalisé, voire fantasmé, on attend d'un candidat qu'il vive avec son temps et perçoive les enjeux du monde de demain. Ses réflexions sur Pétain, les juifs, Napoléon, ... euh ... comment dire ... en quatre mots : on s'en fout ! Ses réflexions, qu'il se garde !
- Avec lui, même les morts ne peuvent reposer en paix. Même pas la décence de laisser reposer en paix les enfants victimes de Merah ! (à lire  : « Deux ou trois choses que je voudrais dire à Eric Zemmour » par Samuel Sandler, père et grand-père de trois victimes de Mohamed Merah )
- Sa blague à la con consistant à viser des journalistes, ça ne fait rire que lui et sa petite bande de poutinolâtres. Quant on sait le sort qui est réservé aux journalistes dans ce régime poutinien tant admiré par Zemmour, on se dit qu'il est complètement barge, le Zemmour ! D'ailleurs, comme le note L'Obs : outre la légèreté avec laquelle il se met en scène, le geste d’Eric Zemmour contrevient aux règles de sécurité de manipulation d’une arme. « Règle n° 1 : une arme doit toujours être considérée comme chargée. Règle n° 2 : ne jamais pointer ou laisser pointer le canon d’une arme sur quelque chose que l’on ne veut pas détruire », peut-on ainsi lire dans le rapport de l’état-major des armées sur les « mesures de sécurité à appliquer à l’instruction et à l’entraînement lors de l’exécution des tirs techniques et tactiques ». On apprend ça quand on a fait son service militaire ; ça fait partie des bases. Or, quand on a l'âge de Zemmour, on est supposé l'avoir fait, son service militaire ! Ah moins qu'il en ait été jugé inapte ? Et même inapte, si l'on a un brin de cervelle, on ne s'amuse pas à braquer des gens avec une telle arme. Et ça veut sauver la France ? On est tombé bien bas
- il semble que même le sitcom Hélène et les garçons ait traumatisé le pôvre Eric. Selon lui, le sitcom serait un signe de décadence (LExpress) !
 
- Sur l'économie. Il est ignorant sur la question, donc que fait-il ? Il reste dans le flou, et évacue assez vite le sujet :
>>> Comment Zemmour tente de faire de l'économie un non sujet
 
>>> Persuadé que c'est sur l'économie que Marine Le Pen a chuté (sortie de l'euro, retraite à 60 ans), Eric Zemmour s'est mis en tête d'aseptiser le sujet, de gommer toute disposition faisant peur, notamment à l'électorat âgé, et de construire une nouvelle synthèse susceptible d'attirer au RN et à LR : libéral à l'intérieur, protectionniste à l'extérieur. C'est court.

Ceux qui attendent avec gourmandise le moment où Eric Zemmour parlera enfin d'économie pour le mettre en défaut seront peut-être déçus. Il en parle déjà, de plus en plus même, il rencontre des chefs d'entreprise, il consacre la totalité de sa réunion publique de Lille au sujet. Le polémiste n'a aucune intention d'en faire un angle mort. Il voudrait, en revanche, en faire un non sujet qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Il sait que l'économie peut faire perdre, la preuve par Marine Le Pen.

En historien qu'il dit être, Eric Zemmour a d'abord creusé les lacunes de la présidente du RN , réputée fragile en économie. La sortie de l'euro a fait peur, la retraite à 60 ans aussi, l'empêchant de séduire l'électorat âgé. Eric Zemmour fait donc consciencieusement l'inverse. Il rassure, il gomme et lorsqu'il est poussé dans le diable des détails, il dit vouloir rehausser le niveau du débat. Le flou fait partie de la stratégie.

« L'entrée dans l'euro était une mauvaise idée, en sortir serait pire », répète-t-il depuis un mois. Il faut s'attaquer à la dette « car c'est la parole de la France ». Il faut repousser l'âge de départ à la retraite à 64 ans, par souci de bonne gestion.

La fermeture des frontières

Il a bougé, lui l'eurosceptique anti-Maastricht, mais qui le sait ? C'est l'un des avantages de sa posture d'homme neuf en politique : il arrive dans la campagne presque sans histoire - c'est un paradoxe -, pour construire une offre en fonction de ses cibles. Ces dernières sont sur la table. Il veut unir les droites, explique-t-il, chasser dans l'électorat LR et dans l'électorat RN. En même temps.

Pour le premier, il a les mots qu'il faut. Retraite à 64 ans donc, mais aussi baisse des impôts et des charges sur les entreprises, critique d'un Macron dépensier, lutte contre l'« Etat obèse », l'« assistanat » et la « folie bureaucratique ». Quand on lui dit qu'il est libéral, il ne s'offusque pas. « Je suis pour l'économie de marché », précise-t-il, en estimant que « le grand marché est la seule chose de bien dans l'Europe » (LCI). Pour augmenter le pouvoir d'achat, il n'ouvre pas le tiroir-caisse. Il faut « prendre le problème à la racine » et produire plus de richesse, défend-il. L'électorat Fillon y retrouverait ses petits. 

Marine Le Pen l'accuse justement de faire « du Fillon plus plus plus » et d'être « ultralibéral » ? Il donne aussi à son électorat les mots qu'il veut. Protection, souveraineté, réindustrialisation, nucléaire, volontarisme de l'Etat. Et surtout mise en cause des étrangers. Car le voici, le point de jonction entre les deux électorats : la fermeture des frontières qui protégera l'emploi et les salaires des Français, dit-il ; la « préférence nationale » présentée comme principale source d'économies dans le modèle social. Les allocations familiales, les allocations logement et le RSA seraient avec lui réservés aux nationaux.

Une question de « justice sociale »

Si Eric Zemmour ne parle pas uniquement d'immigration, il fait de l'immigration la clef de tout. Plus Marine Le Pen fait de surenchère sur le pouvoir d'achat et le qualifie de libéral, plus il présente l'immigration comme une question de « justice sociale ». En jeu, les classes populaires que le polémiste veut séduire sans encore y parvenir. Elles restent accrochées au RN, disent les sondages. A moins qu'elles ne soient pas encore entrées dans la campagne, parie le polémiste.

Justice ? A Lille, le 2 octobre, c'est sur ce thème qu'il emballe la salle. « Il est scandaleux qu'un clandestin arrivé la veille soit mieux soigné à l'AME (aide médicale d'Etat) qu'un Français qui a cotisé quarante ans à la Sécurité sociale », lance-t-il. « Il est scandaleux qu'un demandeur d'asile touche un pécule supérieur à la retraite des agriculteurs les plus pauvres. » Qu'importent les inexactitudes, applaudissements garantis.

Zemmour est libéral sur la scène intérieure, protectionniste vis-à-vis de l'extérieur, et boucle le tout avec la préférence nationale. Dans une salle surchauffée, cela peut donner un semblant de cohérence. Ni dans l'électorat LR ni dans celui du RN, on ne voit a priori de point d'accroche.

Mais, dans la réalité d'une longue campagne, l'économie est tout sauf un non sujet. Elle renvoie à la vie des gens et ouvre multitudes de questions concrètes, au-delà du seul sujet éthique (majeur bien sûr). Un étranger qui cotise est-il national ou non national ? Comment gère-t-on le retrait des prestations pour les non-nationaux, quid des couples mixtes, quelle cure d'amaigrissement pour l'« Etat obèse », comment faire face aux pénuries d'emploi, comment fermer l'immigration sans que cela ne conduise de fait au Frexit… ? La liste est encore longue. L'économie comme une opération vérité, qu'on le veuille ou non.

 LesEchos
 
 
>>> MAJ 24/02/2022 Eric Zemmour et Marine Le Pen fragilisés par l’attaque de Vladimir Poutine en Ukraine. Les deux candidats d’extrême droite à la présidentielle opèrent une volte-face dans la foulée des premiers bombardements russes, après avoir relayé durant des mois la propagande du Kremlin. 
 
C’est, jusqu’au bout, un aveuglement. Dimanche 20 février, l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle, Eric Zemmour, livre sa vision de la crise ukrainienne. « Je suis sceptique, dit-il sur Europe 1, je pense qu’il y a beaucoup de propagande, d’agitation des services américains pour hystériser cette histoire. » Vingt-quatre heures plus tard, Vladimir Poutine déclare reconnaître l’indépendance des zones séparatistes prorusses, puis ordonne à son armée d’entrer en Ukraine. Interrogée à son tour, mardi 22 février sur RTL, Marine Le Pen regrette une « escalade claire », mais se prononce contre les sanctions visant Moscou et accuse Emmanuel Macron d’avoir « essayé de jouer un rôle et de se servir » de cette crise.
Ce n’est qu’une fois la guerre déclarée par Poutine au nom d’une « dénazification de l’Ukraine », les frappes russes tombées sur Kiev comme dans tout le pays, les premières morts civiles annoncées, jeudi 24 février, que Le Pen et Zemmour se sont empressés de rétropédaler par voie de communiqués. La première y appelle à la « cessation immédiate des opérations militaires russes en Ukraine ». Le second y « condamne sans réserve l’intervention militaire », qu’il qualifie d’« injustifiable ».
Mais Eric Zemmour accuse aussi, peu après, dans une déclaration filmée en direct, les Occidentaux d’avoir envenimé la situation « depuis des années, avec l’expansion ininterrompue de l’OTAN ». Il appelle toujours à signer un traité pour garantir que l’Ukraine n’entrera « jamais » dans l’Alliance atlantique. « Comme ça, monsieur Poutine sera rassuré », ajoutait-il dimanche. 

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