lundi 18 avril 2022

Lundi 18 avril 2022. Cinquante-quatrième jour de guerre

 Live du jour : ici


22:09 Volodymyr Zelensky annonce le début de « la bataille pour le Donbass »

Le président ukrainien a annoncé lundi soir le début de l’offensive promise par la Russie contre l’est de l’Ukraine, dont une partie est aux mains des séparatistes prorusses et où les combats meurtriers se sont intensifiés.

« Nous pouvons maintenant affirmer que les troupes russes ont commencé la bataille pour le Donbass, pour laquelle ils se préparent depuis longtemps. Une très grande partie de l’ensemble de l’armée russe est désormais consacrée à cette offensive », a-t-il déclaré dans un discours retransmis sur Telegram. « Peu importe combien de soldats russes sont amenés jusqu’ici, nous combattrons. Nous nous défendrons », a-t-il clamé.

21:53 L’offensive russe dans l’est de l’Ukraine « a commencé », affirment les autorités ukrainiennes

« C’est l’enfer. L’offensive a commencé, celle dont on parle depuis des semaines », a déclaré lundi le gouverneur ukrainien de la région de Louhansk, Serhi Haïdaï, sur Facebook. « Il y a des combats à Roubijne et Popasna, des combats incessants dans d’autres villes pacifiques », a-t-il affirmé.

21:19 Au moins huit civils tués par des frappes russes dans l’est de l’Ukraine

Au moins huit civils ont été tués, lundi, lors de bombardements russes dans les régions de Donestk et Louhansk, dans l’est de l’Ukraine, selon les autorités ukrainiennes locales. Quatre d’entre eux ont été tués alors qu’ils tentaient de fuir Kreminna, une petite ville de la région de Louhansk où ont pris position les troupes russes lundi, a affirmé sur Telegram le gouverneur régional Serhi Haïdaï. Quatre autres sont morts en raison de bombardements russes dans la région voisine de Donetsk, selon son homologue Pavlo Kyrylenko.

 

18:57 L’UE condamne les bombardements aveugles contre des civils menés par la Russie

Dénonçant des crimes de guerre, l’Union européenne (UE) a condamné les frappes de missiles et les bombardements aveugles et illégaux contre des civils menés par la Russie en Ukraine.

« L’UE condamne la poursuite des bombardements aveugles et illégaux de civils et d’infrastructures civiles par les forces armées russes (…). Il ne peut y avoir d’impunité pour les crimes de guerre », a affirmé le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dans une déclaration publiée à Bruxelles après les frappes contre la ville de Lviv, dans l’ouest du pays.

Cinq « puissantes » frappes russes ont touché lundi Lviv, ville jusqu’à présent relativement épargnée. Au moins sept personnes ont été tuées et onze autres blessées par ces frappes russes, selon les autorités officielles. Proche de la frontière polonaise, Lviv s’est convertie en « ville refuge » pour les personnes déplacées mais aussi pour plusieurs ambassades occidentales.

« Les attaques contre Lviv et d’autres villes de l’ouest de l’Ukraine montrent qu’aucune partie du pays n’est épargnée par l’assaut insensé du Kremlin », a souligné Josep Borrell.

« De grandes villes, y compris Kharkiv, continuent d’être attaquées sans discernement, causant de nouvelles destructions de vies civiles et d’infrastructures », a-t-il ajouté.

L’UE rend hommage à la force, au courage et à la résistance du peuple ukrainien face à l’agression russe et se tient à ses côtés dans un esprit de ferme solidarité, notamment en soutenant la livraison de matériel militaire.

« La Russie doit cesser immédiatement et sans condition les hostilités et retirer toutes ses forces et tous ses équipements militaires d’Ukraine », a-t-il conclu.

 
 

17:34 Poutine décore une brigade accusée par Kiev des exactions de Boutcha

>>> « Allumer la tour Eiffel en bleu et jaune, c’est joli, mais ça n’aide pas l’Ukraine » Lobs

15:32 Le point sur les entreprises françaises collabos [à boycotter bien sûr]

La liste exhaustive serait un peu longue à dresser mais voici ce que l’on peut vous dire sur la base de la liste tenue à jour par l’école de commerce de l’université américaine Yale, qui répertorie les grandes sociétés internationales et leur position vis-à-vis de la Russie :

  • Vingt-trois entreprises françaises se sont retirées de Russie ou ont suspendu leurs activités dans le pays, dont Deezer, la Société Générale, Alstom, BNP Paribas, Chanel, Decathlon, Michelin, LVMH ou encore L’Oreal ;
  • Dix-sept ont réduit leurs activités en Russie sans en partir, interrompant les importations et exportations ou renonçant à de nouveaux investissements. Parmi elles, le Groupe BPCE, Saint-Gobain, Total Energies, Danone, Sanofi, Engie, ou encore BlaBlaCar ;
  • Dix-neuf sont restées en Russie et continue à y opérer normalement. EDF, Auchan, Lacoste, Jean-Louis David, La Redoute, ou Leroy Merlin font partie de ces sociétés.

Vous retrouverez la liste complète sur le site l’école de commerce de l’université de Yale en cliquant sur ce lien.


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« Nous nous battons pour notre droit à l’existence. C’est pourquoi nous sommes si déterminés » (tribune d’Oleksandr Sushko). 

Poutine a obtenu tout, sauf l’Ukraine . Sa haine de ma patrie est alimentée par la décision de l’Ukraine de s’éloigner du modèle soviétique et de prendre une direction radicalement différente. La Russie est construite sur la hiérarchie et la subordination à un pouvoir central fort. L’Ukraine a un héritage d’autodétermination et a choisi la voie d’une société ouverte, démocratique et pluraliste. Nous n’y sommes pas encore, mais nous sommes sur la bonne voie. Nous ne nous laisserons pas asservir. Et Poutine ne supporte pas cela. 

(...)  Lors de mon voyage vers l’Ouest le jour où les bombardements ont commencé, j’étais accompagné de mon fils, qui, à 21 ans, a à peu près le même âge que moi lorsque l’Ukraine a gagné son indépendance. Nous avons travaillé ensemble pendant quelques jours, mais il a rapidement ressenti le besoin de retourner à Kiev. Des membres âgés de notre famille sont restés là-bas sans pouvoir voyager avec nous, et il a senti qu’il était de son devoir de retourner à leurs côtés pendant les temps sombres à venir. Je suis fier de mon fils. Je suis fier de mon pays.  Lobs

14:55 De nouvelles frappes à Kharkiv font au moins trois morts

Des bombardements russes sur Kharkiv, grande ville du nord-est de l’Ukraine, ont fait au moins trois morts lundi, ont annoncé les autorités locales, au lendemain de frappes ayant déjà fait six morts. Des journalistes de l’Agence France-Presse sur place ont entendu une série d’explosions nourries dans la matinée.

Selon le parquet régional, un obus tombé en fin de matinée sur un terrain de jeu pour enfants dans une zone résidentielle a provoqué la mort d’un homme et d’une femme. La frappe a aussi endommagé des immeubles. Le directeur d’un centre d’aide médicale d’urgence, Viktor Zabachta, a par ailleurs déclaré à l’agence Interfax-Ukraine qu’une frappe sur un centre de distribution d’aide humanitaire avait fait un mort et six blessés.

Des bombardements sur cette ville avaient, dimanche, déjà fait six morts et 24 blessés, selon le dernier bilan fourni par le bureau du gouverneur. Trois autres personnes sont mortes dans des bombardements dans la région. Deuxième ville d’Ukraine avec près de 1,5 million d’habitants avant la guerre, Kharkiv a été le théâtre de violents combats pendant plusieurs jours au début de l’attaque russe mais est toujours restée sous le contrôle des forces ukrainiennes.

 

>>> La falsification de la réalité, la destruction des corps et des esprits . Nazisme, stalinisme, poutinisme : même combat

Vassili Grossman (1905-1964), l’un des plus grands romanciers de langue russe de l’époque soviétique – dont il a traversé les épouvantes – et qui parle aujourd’hui au plus près de notre actualité, tant c’est la même machine infernale qui, hier comme aujourd’hui, en Russie comme en Ukraine, falsifie la réalité, tord le langage, s’ingénie à détruire les corps et les esprits.

(…) Plus possible pour lui désormais d’ignorer l’abîme séparant « la vérité impitoyable de la guerre » et les mensonges de la propagande officielle. Il fallait bien admettre cette dangereuse vérité : nazisme et stalinisme étaient en fait de monstrueux frères jumeaux. La même terre, saturée du sang des juifs exterminés par les Einsatzgruppen nazis, était celle où, quelques années plus tôt, la grande famine organisée par Staline (en 1932-1933), avait connu un paroxysme d’horreur, tuant plusieurs millions de paysans dont le tyran avait commencé par faire des parias à éliminer. Une réalité vouée à une censure absolue par le KGB. Toute ressemblance avec notre actualité n’étant évidemment pas fortuite. Lemonde

 

14:38 Dans le Donbass, les troupes russes avancent au nord de Kramatorsk

Les troupes russes sont entrées lundi dans la ville de Kreminna, dans l’est de l'Ukraine, selon les autorités locales. « Il y a eu une importante attaque dans la nuit » de dimanche à lundi à Kreminna, a déclaré le gouverneur ukrainien de la région de Louhansk, Serguiï Gaïdaï, sur sa page Facebook. « L’armée russe y est déjà entrée, avec une énorme quantité de matériel de guerre (…) Nos défenseurs se sont repliés sur de nouvelles positions », a-t-il ajouté.

Kreminna, qui compte environ 18 000 habitants, se trouve à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kramatorsk, la capitale ukrainienne du Donbass et l’une des cibles de Moscou dans cette région.

La ville voisine de Roubijne est sous le feu intense de l’artillerie et des mortiers ukrainiens, ont constaté lundi des journalistes de l’Agence France-Presse. Des positions ukrainiennes pilonnaient cette localité, notamment depuis le village de Novodruzhesk, à environ trois kilomètres. Le 13 avril, le chef des séparatistes prorusses de Louhansk, Léonid Passetchnik, avait revendiqué « 80 à 90 % » de la région et précisé que Roubijne faisait partie des villes dans lequelles les forces ukrainiennes étaient encore présentes.

« Dès que nous aurons libéré [toute la région], nous prendrons une décision pour fournir une aide éventuelle à nos frères de Donetsk, et, éventuellement, à la Russie », avait-il ajouté.

 

13:18 La Russie et l’Ukraine diffusent des vidéos de prisonniers

La télévision publique russe a diffusé les appels de deux hommes, identifiés comme des ressortissants britanniques, Shaun Pinner et Aiden Aslin, affirmant qu’ils ont été capturés lors de combats en Ukraine et demandant au premier ministre Boris Johnson de négocier leur libération. Les deux hommes, qui apparaissent les traits tirés, demandent à être échangés contre Viktor Medvedtchouk. Ils ne précisent pas qui les détient actuellement, les forces russes ou leurs alliés séparatistes du Donetsk, dans l’est de l’Ukraine.

Viktor Medvedtchouk est un ukrainien proche de Vladimir Poutine, qui est le parrain de sa fille. Il a été récemment arrêté pour malversation. Les autorités ukrainiennes avaient diffusé pour leur part une vidéo de ce riche homme d’affaires, dans laquelle celui-ci demande à être échangé « contre les défenseurs de Marioupol et ses habitants ».

Cette « guerre de vidéos » intervient alors que Kiev a promis de défendre « jusqu’au bout » le port stratégique de Marioupol – situé dans le Sud-Est, où l’armée russe encercle les militaires ukrainiens – et a annoncé qu’aucun couloir humanitaire ne serait mis en place lundi pour évacuer des civils, accusant Moscou de « blocage ».

Interrogé sur un échange potentiel, le Kremlin avait esquivé la question en soulignant que M. Medvedtchouk n’était « pas un citoyen russe », ajoutant ne pas savoir s’il souhaitait que Moscou se mêle de son cas.

12:31 L’Espagne et l'Italie vont rouvrir leur ambassade à Kiev

12:11 Le bilan des victimes des frappes à Lviv augmente. Au moins sept personnes ont été tuées et onze autres blessées dans de « puissantes » frappes russes sur Lviv, grande ville de l’ouest de l’Ukraine relativement épargnée par les combats, ont annoncé les autorités locales. Un enfant figure parmi les blessés et le gouverneur régional, Maksym Kozytsky, a précisé que trois blessés étaient « dans un état grave ».

12:04 Turquie

 La Turquie arbitre du conflit dans la mer Noire. La fermeture du Bosphore, décidée par Ankara, empêche la Russie d’envoyer des renforts navals dans la zone. (Article

Les drones Bayraktar, pomme de discorde entre Ankara et Moscou. Les appareils fabriqués par une société turque auraient joué un rôle dans l’attaque du croiseur russe « Moskva », qui a coulé jeudi en mer Noire. (article)

11:22 Le maire de Lviv, Andriy Sadovyi, accuse la Russie de cibler les civils. « C’est un génocide, c’est la destruction délibérée d’Ukrainiens », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision ukrainienne 1+1. Selon lui, six personnes ont été tuées et 11 blessées – dont un enfant – lors de l’attaque de Lviv. Le gouverneur régional avait initialement indiqué qu’un enfant figurait parmi les morts. Deux des blessés étaient dans un état critique. Environ 40 véhicules ont été endommagés, a-t-il ajouté.

 10:38 Aucun couloir humanitaire pour la deuxième journée d’affilée. « Les occupants russes ne cessent de bloquer et de bombarder les routes humanitaires. Par conséquent, pour des raisons de sécurité, il a été décidé de ne pas ouvrir de couloir »

  

10:01  Marioupol, la situation du régiment Azov et son histoire :    

- Qui sont les soldats du régiment Azov, accusés d’être les « néonazis » de l’armée ukrainienne ? (23/03/2022, Lemonde)

- Marioupol, le baroud d’honneur de la brigade Azov face aux troupes russes (16/04/2022, LeMonde)

 

10:15 Le commandement militaire russe préoccupé par le temps qui lui est nécessaire pour prendre Marioupol, selon le ministère de la défense britannique

Le ministère de la défense britannique a publié ce matin sur Twitter le dernier brief de son service de renseignement, expliquant que « le commandement militaire russe est préoccupé par le temps qu’il lui faut pour prendre Marioupol ». « La résistance ukrainienne concertée a mis à rude épreuve les forces russes et détourné des hommes et du matériel, ralentissant ainsi l’avancée de la Russie ailleurs », a-t-il ajouté.

Les frappes russes touchent particulièrement les zones d’habitation des civils et les infrastructures gouvernementales et régionales ; cela évoque « l’approche adoptée par la Russie en Tchétchénie en 1999 et en Syrie en 2016. Et ce, malgré les déclarations du 24 février 2022 du ministère russe de la défense selon lesquelles la Russie ne frapperait pas les villes et ne menacerait pas la population ukrainienne », poursuit le ministère de la défense britannique.

 

09:41 Les attaques à Lviv font au moins six morts, dont un enfant

Les cinq « puissantes » frappes de missiles russes qui ont touché cette grande ville de l’ouest ce matin ont fait au moins six morts et huit blessés et ont « gravement endommagé » des infrastructures militaires, a annoncé le gouverneur régional, Maksym Kozytsky.

« Il y a un enfant parmi les victimes », a précisé ce dernier sur Telegram, précisant que les bombardements avaient provoqué des incendies en touchant, en plus des infrastructures militaires, un garage de pneumatiques.

« Les Russes continuent d’attaquer de façon barbare les villes ukrainiennes depuis les airs, déclarant cyniquement au monde entier leur “droit” de… tuer des Ukrainiens », a fustigé plus tôt Mikhaïlo Podoliak, conseiller du président Volodymyr Zelensky.

09:00


 

>>> Qu’est-ce que le mémorandum de Budapest, censé garantir l’intégrité de l’Ukraine ?

Signé en 1994, cet accord diplomatique engage les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie à respecter l’indépendance de l’Ukraine en échange du retrait de l’arme atomique du territoire de cette dernière. LaCroix



>>> Que nos larmes ne deviennent pas nos faiblesses, ne capitulons pas

Dans un texte magnifique, notre chroniqueur appelle à ne pas capituler devant les atrocités de la guerre que nous avons trop longtemps oubliées.

E vviva la guerra" s'écrie le choeur dans La Force du destin de Verdi : vive la guerre ! C'est de l'opéra. La vérité, c'est que la guerre n'a rien que l'on puisse ni doive célébrer, et la force du destin veut cependant que sans cesse la guerre recommence. Il n'y a pas plus de paix perpétuelle qu'il n'y a de fin de l'Histoire. Pire : le visage de la guerre est toujours le même. On peut fantasmer sur les guerres propres, avec virus informatiques et destructions ciblées. La guerre est sale, toujours. Passablement dégueulasse même. Les armes qui servent à la faire semblent tout droit sorties des pires cauchemars de psychopathes. Elles ne sont que la réponse donnée par des ingénieurs consciencieux aux nécessités de la victoire. Ainsi ces bombes thermobariques dont la propriété est, par l'inflammation des produits chimiques qu'elles portent, de brûler tout l'oxygène alentour : on ne meurt pas émietté, mais asphyxié. Aucun abri ne protège de cela. C'est une arme employée en Ukraine.

Sinistre répétition

Ce visage de la guerre, nos compatriotes semblent l'avoir un peu trop oublié. Comme si les conflits récents avaient été trop lointains pour faire durer en nous la claire conscience de ce qu'est un conflit armé. Syrie, Afghanistan, Arménie plus récemment, et tant d'autres conflits partout sur la planète, se suivent et se ressemblent. Comme est frappante en particulier la ressemblance entre le martyr des villes ukrainiennes et celui d'Alep. Celle-ci semble avoir servi de laboratoire à celles-là. Où étaient les regards des Français quand Alep agonisait sous les bombes ? Je me souviens que de beaux esprits chez nous prétendaient qu'il fallait bien cela pour nettoyer la racaille djihadiste qui tenait les rues et osait résister aux exactions de Bachar. Sinistre répétition : les prétendus djihadistes dont nos opinions publiques ont fini par croire qu'ils composaient l'essentiel de la résistance syrienne, avec l'aide de leaders d'opinion dont on découvre aujourd'hui comme ébahis qu'ils étaient stipendiés par la Russie, ce sont aujourd'hui ces prétendus nazis que les armées russes tentent de déloger. La ficelle est tout aussi grosse : par chance, elle fonctionne moins bien.  

"Les images de civils consumés par les armes chimiques ne circulent pas encore. Cela va venir. Alors ce sera très difficile"

Ce qui fonctionne très bien, en revanche, c'est l'impact psychologique de la guerre. Parce que nous étions aux abonnés absents en Syrie, nous prenons de plein fouet les images d'Ukraine, qui sont les mêmes. A l'heure où j'écris ces lignes, Kiev n'est pas tombée, mais cela ne saurait tarder. Les images de civils consumés par les armes chimiques ne circulent pas encore. Cela va venir. Alors ce sera très difficile. Rien ne sera plus légitime que notre émotion, notre colère. Nous verrons jour après jour défiler les atrocités commises à quelques centaines de kilomètres de nous sur des innocents dont les maisons et les villages ressemblent tant aux nôtres. Nous revivrons des Oradour. Les journalistes sur place feront leur travail d'information. Nous serons touchés à vif. Nous serons abreuvés du malheur des peuples. Et comme nous avons oublié que c'est ça, la guerre, nous risquons de demander que cela cesse.

Ravaler nos larmes

Nous crierons grâce pour le peuple ukrainien. Ce faisant, nous offrirons la victoire aux Russes, trop heureux d'avoir mis moralement à terre les nations d'Europe. La difficulté qui nous attend n'est autre que celle-ci. C'est de ne pas renoncer à l'indignation, à l'émotion, à la morsure insoutenable de la compassion, tout en n'en faisant pas la clef du conflit. Que nous le voulions ou non, nous allons devoir apprendre à ravaler nos larmes. A serrer les dents. Nous allons retrouver le goût amer de la révolte rentrée et de l'impuissance aux poings serrés. Et nous saurons que cette douleur dont nous serons bientôt perclus n'est rien comparée à celle des combattants et de leurs familles en Ukraine. Nous saurons alors qu'elle ne doit pas devenir cette faiblesse par laquelle l'adversaire obtient des capitulations, mais une raison de nous sentir plus forts. Telle est l'étrange mais constante loi de la guerre. Telle est la redécouverte que nous faisons ces temps-ci, et qui va s'imposer à nous avec une violence croissante, car la sauvagerie va grandir pour nous manger les nerfs. L'issue de cette guerre ne peut pas être une reddition ni un renoncement. Il faut tenir. Et pour cela, nous tenir. Rester humains, mais rester stoïques, telle est la recette des grandes victoires.  

LExpress

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