L'Estonie est l'un des leaders sur la question de l'utilisation des actifs gelés russes pour reconstruire l'Ukraine. A fond derrière Kiev avec les autres Etats baltes, elle pousse à davantage de sanctions contre la Russie et la Biélorussie et à la création d'un tribunal pour crime d'agression.
- Le président biélorusse Loukachenko a dit mardi qu'il veut tirer profit de l'expérience des soldats de Wagner. Comment réagissez-vous ?
On regarde attentivement si les troupes de Wagner y vont vraiment et pour y faire quoi ? C'est une question ouverte. On sait de quoi Wagner est capable. C'est une chose à surveiller pas seulement comme pays balte, mais comme membre de l'Union européenne et de l'Otan également. Wagner est une puissance militaire en soi. Cela accroît la menace. La Russie est dangereuse, agressive, mais elle ne peut pas gagner cette guerre. Nous allons continuer à soutenir l'Ukraine. Il faut que l'on ait des nerfs d'acier. Nous ne pouvons pas être effrayés.
- Vous proposez un cadre pour utiliser rapidement les actifs gelés russes. De quoi s'agit-il ?
Au niveau global, comme à celui de l'Union européenne, il a été décidé de geler des actifs russes, publics et privés. Maintenant, il faut trouver le moyen légal de les utiliser. En Estonie, nous avons développé un cadre juridique qui pourrait servir d'exemple à nos partenaires européens. Il faut une organisation internationale qui enregistre ces actifs. Il y en a une à La Haye, mais la Commission européenne pourrait créer son propre instrument.
On veut utiliser ces actifs dès à présent pour en tirer de l'argent et le donner à l'Ukraine pour qu'elle commence à reconstruire, sachant que les propriétaires conservent le droit de réclamer leurs biens. Nous sommes prêts à tester cette solution que l'on a imaginée pour être compatible avec le droit européen. Cela va être discuté lors du sommet européen des chefs d'Etat cette semaine. Il faut que les Russes payent, pas seulement les contribuables européens.
- Les Etats baltes poussent beaucoup pour davantage de sanctions contre la Russie et insistent sur la révision du prix plafond du baril de pétrole russe vendu à des tiers…
Nous ne demandons rien de nouveau. Simplement, on voudrait que les choses soient révisées comme il a été convenu pour que l e plafond, fixé à 60 dollars, soit 5 % en dessous du prix du marché. On aurait dû le faire en mars, et il ne s'est rien passé. C'est pourtant la sanction la plus dure, qui frappe la machine de guerre russe.
Mais nous sommes satisfaits du onzième paquet de sanctions, 1.800 individus sont sous sanctions ainsi que 87 entreprises de défense. On avance dans la bonne direction et on a commencé à travailler sur le douzième paquet. On veut maintenant que la Biélorussie soit dans la ligne de mire, et Loukachenko avec.
- Vous demandez qu'un tribunal spécial puisse reconnaître le crime d'agression. Pourquoi ?
Nous voudrions créer un cadre juridique qui retire toute impunité à un dirigeant qui aura lancé une agression contre un autre pays. Ce n'est pas le cas aujourd'hui [NDLR : la Cour pénale internationale n'est pas compétente car il faudrait pour cela l'adhésion des parties au Statut de Rome, or l'Ukraine n'y a pas adhéré et la Russie s'en est retirée ].
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