Dans les discours de certains leaders du Rassemblement national et de la France Insoumise, l’historienne Galia Ackerman constate l’écho direct de la propagande de Vladimir Poutine. Au mépris des faits et au profit d’une vision du monde « où la force prime sur le droit. »
1. « Zelensky ne peut pas signer l’accord de paix car il est illégitime » (Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, Russie, 24/08/2025) 2. « Zelensky dont le mandat de Président est fini depuis mai 2024 (!!) » (Thierry Mariani (député européen du RN et candidat RN à la législative partielle de Paris), sur le réseau social X 27/08/2025) ; 3. « Le départ de Zelenski est la condition de l’accord. Tout simplement parce que son mandat est fini » (Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise, 14/08/2025)
Ces déclarations, curieusement concomitantes, pourraient sortir de la bouche du même homme. La synchronisation entre des acteurs politiques qui prétendent s’opposer marque clairement la convergence des extrêmes européens avec la propagande du Kremlin.
L’axe commun de ces affirmations concerne la légitimité de Volodymyr Zelensky. Exiger son « départ » comme « condition de l’accord » reprend littéralement le plan de Poutine : obtenir un changement de régime à Kyiv. Or cette position feint d’ignorer plusieurs faits élémentaires. En effet, la Constitution ukrainienne interdit l’organisation d’élections sous loi martiale. Zelensky conserve en outre un soutien populaire massif : 77 % des Ukrainiens continuent à lui faire confiance, selon les derniers sondages indépendants. Curieusement, la légitimité de Vladimir Poutine - président depuis 25 ans, empoisonneur d’opposants, organisateur d’élections truquées - ne semble pas poser de problème aux représentants des « insoumis » et du RN !
Mélenchon et Mariani vont plus loin dans la désinformation : l’un et l’autre dénoncent l’interdiction des « syndicats et partis d’opposition », alors que seuls les partis explicitement pro-russes ont été suspendus, l’opposition démocratique continuant à s’exprimer.
Ennemis de l’Europe
Jean-Luc Mélenchon prétend enfin que les dirigeants européens ont « accepté en 2008 à Budapest le scénario d’annexion par l’OTAN de l’Ukraine et de la Géorgie ». Or, la réalité historique est exactement inverse ! Sous la pression de l’Allemagne et de la France, l’OTAN a refusé d’accorder le Plan d’Action pour l’Adhésion à ces pays, ce qui a précisément encouragé Poutine à envahir la Géorgie quatre mois plus tard.
Mais le plus révélateur reste la conclusion du blog de Mélenchon : « un gouvernement insoumis aura les mains libres pour engager tout autre chose, tout autrement pour que la France puisse déployer son offre de non-alignement altermondialiste. Une tout autre Europe peut être en vue».
Cette « tout autre Europe » passe donc par l’abandon de l’Ukraine et l’acceptation du fait accompli russe. Or, céder à Poutine reviendrait à donner un blanc-seing à tous les régimes autoritaires : si l’agression paie en Europe, pourquoi la Chine se priverait-elle de Taïwan ? Le « non-alignement » mélenchonien ressemble étrangement à un alignement sur l’axe qui relie Moscou, Pékin, Pyongyang et Téhéran. La France insoumise rejoint ainsi l’extrême droite européenne et les partisans d’un « monde multipolaire », euphémisme sous lequel se déguise un monde où la force prime le droit.
Face à l’agression russe, il n’y a pas de « troisième voie » : abandonner l’Ukraine signerait l’arrêt de mort du projet européen. C’est exactement ce que souhaitent les ennemis de l’Europe, qu’ils siègent à Moscou, au Parlement européen ou… à l’Assemblée nationale française. »
Tribune parue dans OuestFrance
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