jeudi 2 avril 2026

Privée de Starlink, la Russie a bricolé une alternative: ce régiment ukrainien la détruit méthodiquement

 Face à un réseau russe fragile, Kiev mise sur des frappes ciblées contre les infrastructures de communication pour ralentir toute la chaîne de commandement.

 L'Ukraine a une nouvelle cible de choix pour faire mal à l'envahisseur russe: ses infrastructures de communication. Le régiment «Raid», spécialisé dans les systèmes téléopérés, affirme avoir neutralisé une antenne de communication reliée au satellite russe Yamal‑601, présenté par Moscou comme l'une de ses alternatives à Starlink. L'antenne, repérée sur un secteur en première ligne, servait de relais pour coordonner les attaques d'infanterie et de drones.

Depuis le mois de mars, ce régiment concentre ses frappes sur le système de communication que la Russie a dû bricoler après avoir perdu la capacité d'utiliser pleinement les terminaux Starlink. À défaut de la constellation d'Elon Musk, Moscou déploie des réseaux de relais sur antennes et des systèmes de communication locaux entre unités. L'idée est de recréer un maillage de commandement et de contrôle malgré les coupures. L'objectif ukrainien est simple: le désosser pièce par pièce.

Dans ce contexte, le satellite Yamal‑601 apparaît comme un maillon stratégique, explique un article d'Euromaidan Press. Lancé en 2019, il est le plus récent de la constellation Yamal, opérée par une filiale de Gazprom et promue en Russie comme un substitut souverain aux services occidentaux, Starlink en tête. Sa couverture s'étend partiellement sur les territoires ukrainiens occupés: chaque antenne au sol qui y est connectée devient donc une cible à haute valeur ajoutée pour Kiev.

Détruire une antenne de ce type ne fait pas tomber le satellite, mais suffit à désorganiser, au moins temporairement, la coordination des troupes dans le secteur concerné. Le régiment «Raid» explique que la neutralisation de ces nœuds de communication prive les forces russes de la capacité à synchroniser assauts d'infanterie et attaques de drones, en particulier dans les zones où les réseaux classiques sont déjà dégradés par la guerre. Autrement dit, on frappe un point fixe, et c'est toute la chaîne de commandement locale qui se grippe.

Difficile de remplacer Starlink

Ce travail de sape s'inscrit dans une reconfiguration plus large du champ de bataille numérique. La suspension de l'accès russe à Starlink a laissé sur le carreau plusieurs systèmes robotiques au sol, incapables d'opérer sans liaison satellite fiable alors qu'ils étaient conçus pour accomplir des missions dangereuses à la place des fantassins. La Russie teste donc des solutions alternatives, mais les premières évaluations des militaires ukrainiens comme des services de renseignement jugent ces dispositifs moins performants, plus vulnérables et mal adaptés à l'intensité du front.

Parallèlement, Moscou mise sur un projet plus ambitieux: construire sa propre constellation de satellites en orbite basse, Rassvet («Aube»), censée à terme rivaliser avec le réseau d'Elon Musk. Le 23 mars, la société privée Bureau 1440 a mis en orbite un premier lot de seize satellites, première brique d'un réseau qui devra fournir un internet haut débit made in Russia. L'entreprise vise une mise en service commerciale à partir de 2027, avec plus de 250 satellites, tandis que le patron de Roscosmos, Dmitri Bakanov, évoque un objectif de 900 engins d'ici à 2035.

Pour l'instant, toutefois, le gros des communications militaires russes sur le théâtre ukrainien repose sur des systèmes hybrides: infrastructure civile partagée, satellites géostationnaires comme Yamal‑601 et relais improvisés près du front. C'est précisément ce mélange bricolé que tente d'exploiter le régiment «Raid», en transformant chaque antenne débusquée en cible pour drones.

Cette bataille invisible autour des réseaux de communication souligne à quel point la connectivité est devenue un facteur décisif dans la guerre moderne. Capacité à diriger des unités dispersées, à repositionner des drones en temps réel, à partager images et coordonnées: tout repose sur des liaisons stables entre le front et l'arrière. Dès lors, chaque antenne ou relais n'est plus seulement un bout de métal posé sur un toit, mais un multiplicateur de force et, une fois détruit, un handicap stratégique.

Pour Kiev, frapper ces infrastructures est une manière de compenser son infériorité en effectifs et en artillerie en neutralisant la colonne vertébrale numérique de l'adversaire. Pour Moscou, la course à des alternatives souveraines à Starlink devient, au‑delà de la propagande, une question de survie opérationnelle.

Slate 

 

 

 

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