La République tchèque est un pays membre du Groupe de Visegrad, de l'Union européenne, et de l'OTAN. Autant dire un pays très intéressant, doté d'une riche histoire.
1er juin 2021
19 avril 2021
A l'inverse d'une France mollâsse, la Tchéquie (pays de Jan Palach) n'a pas peur de déplaire à Poutine. C'est très bien. La déclaration de la Russie - qui bien sûr ramène tout aux Etats-Unis - fait plaisir à lire, tant elle est suintante de mépris et de rage : « Dans leur désir de faire plaisir aux Etats-Unis après les sanctions américaines contre la Russie, les autorités tchèques ont même surpassé leur maître », a estimé dimanche le ministère des affaires étrangères russe. J'adore la façon dont la Russie retourne la situation, se faisant passer pour victime alors qu'elle agresse à peu près tous ses voisins, et au-delà l'Occident.
La réponse de Moscou à Prague n’a pas tardé. La Russie a annoncé, dimanche 18 avril, que 20 employés de l’ambassade tchèque à Moscou étaient désormais « persona non grata » et devaient quitter le pays avant la fin de la journée lundi 19 avril.
Cette annonce a été faite par le ministère russe des affaires étrangères, après la convocation de l’ambassadeur tchèque à Moscou, Vitezslav Pivonka. La Russie avait promis plus tôt des mesures de rétorsion après l’expulsion de 18 diplomates russes par la République tchèque qui les accuse d’espionnage.
La Russie a qualifié d’infondées et absurdes les accusations de la République tchèque sur une implication des services secrets russes dans l’explosion d’un dépôt de munitions. Samedi, les autorités tchèques avaient annoncé l’expulsion de 18 diplomates russes impliqués, selon les services de renseignements tchèques, dans le sabotage d’un dépôt de munitions qui a fait deux morts en 2014.
La police tchèque a également indiqué qu’elle recherchait deux Russes impliqués dans cette explosion, porteurs de passeports utilisés par les deux suspects dans l’affaire de l’empoisonnement de l’ancien agent double Sergei Skripal en Grande-Bretagne en 2018.
Accusation contre Washington
Moscou a indiqué que cette affaire « portait la marque » de Washington. « Dans leur désir de faire plaisir aux Etats-Unis après les sanctions américaines contre la Russie, les autorités tchèques ont même surpassé leur maître », avait estimé dimanche le ministère des affaires étrangères russe.
L’expulsion des diplomates et les accusations de Prague ont provoqué la plus grave crise entre la République tchèque et la Russie depuis la chute du bloc communiste en 1989. Le sujet sera abordé lundi lors d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères
Cette semaine, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions et l’expulsion de dix diplomates russes en représailles à ce que Washington estime être des interférences russes dans les élections US, une cyberattaque massive et d’autres activités hostiles.
On le sait, depuis 2014, la Russie a multiplié les attaques contre les démocraties occidentales. La République n'y a pas échappé. Le 18 avril 2021 , elle expulsait 18 employés de l'ambassade russe :
>>> Le renseignement militaire russe serait à l’origine de l’explosion de deux dépôts de munitions en République tchèque
Le 16 octobre 2014, une explosion dévasta un dépôt de munitions de Vrbětice, loué par le groupe Imex à l’Institut technique militaire [VTU], une société d’État tchèque. Deux employés y laissèrent la vie. Puis, le 3 décembre de la même année, un second entrepôt, où 100 tonnes de munitions étaient stockées, connut le même sort, si ce n’est qu’il n’y eut aucune victime.
Les causes de ces deux explosions demeuraient inconnues quand, le 17 avril, le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, et son ministre de l’Intérieur, Jan Hamacek, ont accusé le GRU, c’est à dire le renseignement militaire russe, d’en avoir été à l’origine. Preuves « irréfutables » à l’appui.
Ainsi, selon les services tchèques, deux membres du GRU, Alexander Michkine et Anatoli Tchepiga, sont suspectés d’avoir tenu un rôle de premier plan dans cette affaire. Ces deux-là ne sont pas des inconnus ; en septembre 2018, Londres diffusa deux mandats d’arrêt les concernant en raison de leur implication dans la tentative d’assassinat du colonel Sergueï Skripal [un ancien du GRU] et de sa fille avec des Novitchok, un puissant neuroparalytique mis au point par l’Union soviétique, à l’époque de la Guerre Froide.
Selon Prague, les deux espions du GRU seraient donc arrivés en République tchèque le 11 octobre 2014, dans le but affiché de visiter les entrepôts de munitions situés à Vrbětice en se faisant passer pour des clients travaillant pour le compte de la Garde nationale du Tadjikistan. Pour cela, ils auraient présenté des passeports moldave et tadjik, aux noms de « Rouslan Bochirov » et d' »Alexander Petrov ». Soit les mêmes identités qu’ils utiliseront en 2018 pour entrer au Royaume-Uni afin d’éliminer le colonel Skripal.
Quant au mobile, il aurait un lien avec une autre affaire, celle de l’industriel bulgare Emilian Gebrev, victime, lui aussi, d’une tentative d’assassinat en avril 2015. Tentative aussi mise sur le compte du GRU… et plus précisement sur celui de l’Unité 29155 de son 161e centre de formation spéciale. Unité qui laisse décidément beaucoup de traces derrière elle…
En effet, d’après la presse tchèque, l’entrepôt visé abritait des équipements militaires que l’homme d’affaires bulgare s’apprêtait à revendre à l’Ukraine. A priori, la première explosion n’aurait pas dû avoir lieu sur le territoire tchèque mais lors du transfert de la cargaison. Même chose pour la seconde.
Quoi qu’il en soit, le rôle prêté au GRU dans cette affaire a donc motivé la décision du gouvernement tchèque d’expulser 18 « diplomates » russes du pays. En retour, Moscou a annoncé l’expulsion de 20 diplomates tchèques, voyant dans les accusations de M. Babis une « provocation » et un « acte d’hostilité ».
Ces dernières années, le service de contre-espionnage tchèque, le BIS, a régulièrement dénoncé les agissements du renseignement russe en République tchèque, les accusant de mener une « guerre de l’information » afin de « déstabiliser le pays ». Le tout en ne manquant pas de souligner qu’environ un tiers des 150 « diplomates » de l’ambassade de Russie à Prague seraient des « officiers de renseignement travaillant sous couverture ». Ce qui paraît disproportionné au regard de la taille de la République tchèque…
Cela étant, il y encore quelques jours, Jan Hamacek avait proposé que se tienne à Prague une rencontre entre le président américain, Joe Biden, et son homologue russe, Vladimir Poutine. Et il était même question que la République tchèque se procurât de vaccin russe anti-covid Sputnik V. Il faut dire que la situation politique du pays est compliquée, avec un président, Miloš Zeman, ouvertement pro-Kremlin, et un Premier ministre plutôt pro-européen [ce qui ne l’empêche pas d’être critique à l’égard de l’UE], qui a condamné l’annexion de la Crimée en 2014.
(Opex360)
>>> Par solidarité avec Prague, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont
expulsé plusieurs diplomates russes de leur territoire, a révélé le
ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis lors
d’une conférence de presse vendredi (23 avril). (Euractiv)
>>> En revanche, le très poutinien président Zeman reste silencieux sur le différend tchéco-russe (Euractiv)
>>> A Prague, des milliers de manifestants contre un président "marionnette" de la Russie (Lobs, 29 avril 2021)



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