>>> 14/03/22 « Ce n’est plus vivable » : à Mykolaïv, l’armée russe vise délibérément les civils
Cette ville du sud de l’Ukraine n’est plus reliée que par une route au reste du pays. Une partie de la population, terrorisée par les bombardements incessants, cherche à fuir quand l’autre est bien décidée à se battre jusqu’au bout.
Il faisait un temps splendide, ce dimanche 13 mars, à Mykolaïv, pour la première fois depuis une semaine. Un ciel bleu azur, une lumière drue, aucun vent sur cette ville du sud de l’Ukraine, quasi encerclée par l’armée russe. Des conditions météo idéales pour ajuster les tirs d’artillerie en profitant des données transmises par les drones de reconnaissance.
La pluie d’acier est tombée sur les civils. Dimanche matin, vers 11 heures, une salve de roquettes s’est abattue « avenue des Héros-de-l’Ukraine », devant un centre commercial. Neuf personnes ont été tuées, d’après le gouverneur de la région, Vitaliy Kim. Selon la même source, en milieu d’après-midi, quatre civils ont péri lorsqu’un bombardier russe a largué un engin explosif sur une école du village Zelionyi Haï, non loin de l’aérodrome militaire de Mykolaïv.
Deux heures après le massacre de l’avenue des Héros-de-l’Ukraine, l’endroit est désert. Un policier au visage fermé surveille le parking. Les vitrines ont été soufflées par les explosions. Trois impacts sont visibles dans le bitume, les devantures des magasins sont criblées d’éclats d’acier. Des bâches de plastique noir ayant servi à recouvrir les corps gisent sur le bitume. L’une d’elles cache partiellement une épaisse flaque de sang.
Les rares passants pressent le pas. Nadia Emelianenko, 70 ans, raconte avoir entendu plusieurs explosions successives. Elle se trouvait juste à 50 mètres derrière un angle de magasin. « J’ai vu plusieurs personnes allongées, des gens qui gémissaient, d’autres inertes. Et un chien mort, se souvient-elle. C’était terrifiant ! Je ne pouvais rien faire pour aider, j’ai trop mal au dos pour me baisser. D’ailleurs, mes enfants m’interdisent de descendre dans la rue à cause du danger, mais je ne peux pas m’en empêcher. Il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre, alors mieux vaut que ce soit moi qui prenne des risques, plutôt que mes enfants ou mes petits-enfants. »
Dans l’attente de bus d’évacuation
Une dame et sa fille adolescente observent de biais la scène tout en marchant. « Nous venons ici faire les courses, parce que, dans notre village, Kapoustyne, tous les magasins sont fermés, nous sommes bombardés en permanence, raconte Ania, la mère. Aujourd’hui, il n’y a plus de transports publics, nous avons marché deux heures, et j’ai juste pu acheter un jus de fruits », dit-elle en montrant la bouteille d’un air désolé.
L’allée longeant les magasins conduit à un ensemble d’immeubles. Le cadavre ensanglanté d’un chien gît près d’un garage. La pluie de missiles a frappé tout le quartier. Des éclats de verre et d’autres débris jonchent le sol. Des familles s’en vont, tirant des valises à roulettes ou portant des sacs. Un couple âgé charge une voiture. L’homme montre un morceau de shrapnel, un obus rempli de balles, qui a pulvérisé la vitre de son appartement. « Nous déménageons chez ma fille, qui habite le centre-ville, explique-t-il. Ici, ce n’est plus vivable. On ne peut plus fermer l’œil. Je deviens fou ! » Lemonde
>>> « Même pendant la guerre de Bosnie, je n’ai jamais vu une telle sauvagerie » ... « Nous recevons en moyenne 30 corps par jour » : à Mykolaïv, dans les ténèbres de la guerre en Ukraine.
Dans cette ville portuaire du sud du pays, pilonnée par l’artillerie et l’aviation russes, les hôpitaux tiennent pour l’instant le choc mais les cadavres s’entassent à la morgue. (Lemonde)
Le cadavre gît les mains jointes, comme en prière. En réalité, raconte l’employé de la morgue, il jetait des cocktails Molotov quand les Russes l’ont attrapé. Ils lui ont attaché les mains et l’ont exécuté. Ces images glaçantes nous proviennent de la morgue de Mykolaïv, ville situé sur les bords de la mer Noire, sous le feu russe depuis plusieurs jours.
A l’extérieur, dans la cour de l’institut médico-légal où se trouve la morgue, la neige tombe sans discontinuer sur des cadavres enveloppés dans des sacs mortuaires en plastique gris, en attente d’être évacués. Dans les locaux vétustes et délabrés, d’autres corps sont posés à même le sol, faute de place. L’odeur insidieuse de la mort, mêlée à celle d’un désinfectant douceâtre, est partout. Ici, il y a les victimes de la guerre, civils et soldats, mais aussi les morts de cause naturelle. Des médecins pratiquent des autopsies dans des conditions d’hygiène douteuses. Il faut enjamber des corps nus pour accéder à la chambre froide, où s’empilent les cadavres de victimes d’un bombardement survenu quelques jours auparavant à Otchakiv, dans la région de Mykolaïv.
Vladimir, l’un des employés de la morgue, allume cigarette sur cigarette. « Je n’ai jamais vu une telle chose. Nous pensions que la pire chose qui pouvait nous arriver ici étaient les accidents de voiture », dit-il en secouant la tête. Lui et ses collègues travaillent sans relâche. Retraversant la cour, il ouvre une porte sur un spectacle cauchemardesque. Une trentaine de cadavres sont posés à même le sol. Deux soldats en treillis, l’un éventré, sont même empilés l’un sur l’autre. « Ils sont si jeunes, plus jeunes que mon neveu », grince Vladimir. Au fond de la pièce, il y a aussi un soldat russe, affirme-t-il. « Nous les gardons à l’écart. » On distingue aussi les corps de civils, toujours dans la même pièce. Un employé ôte délicatement la chaîne au cou d’un cadavre, qui servira pour l’identification.
Mykolaïv et sa région sont le théâtre de violents combats et bombardements russes, mais les Ukrainiens résistent et ont même repris l’aéroport, au nord, il y a quelques jours. La ville est stratégique, car elle représente le dernier verrou avant la grande cité portuaire d’Odessa. « Depuis le début de la guerre, nous avons reçu 120 corps, dont 80 soldats et 30 civils, explique d’un air exténué la directrice de l’institut médico-légal, Olha Dieroujina. Parmi les victimes civiles, le plus jeune était un enfant de 3 ans et le plus vieux un septuagénaire. » (11/03/2022, 11h06)
>>> 11/03/2022
>>> 10/03/2022. 15ième jour de guerre : les intenses bombardements continuent sur les villes de Marioupol, Kharkiv et Mykolaïv. La situation est particulièrement critique à Marioupol, encerclée et
privée d’électricité, d’eau, de gaz et bientôt de nourriture, selon un
représentant du Comité international de la Croix-Rouge. Les Russes
assiègent aussi Mykolaïv, dernier verrou pour atteindre le port
d’Odessa. (Live Lemonde du 10/03/2022)
Au quinzième jour de l’invasion russe, la situation est particulièrement critique à Marioupol, encerclée et privée d’électricité, d’eau, de gaz et bientôt de nourriture, selon un représentant du Comité international de la Croix-Rouge. Les Russes assiègent aussi Mykolaïv, dernier verrou pour atteindre le port d’Odessa.
>>> La colère des habitants sous les bombes
La ville russophone de Mykolaïv, dans le sud de l’Ukraine, est un passage obligé pour les troupes russes sur la route d’Odessa. Ses habitants, qui ont repoussé des dizaines d’offensives depuis le début de la guerre, expriment leur colère contre Vladimir Poutine
Quatorze jours après le début de la guerre, Mykolaïv bloque toujours l’offensive russe sur la route d’Odessa. Adossée au fleuve Boug méridional, dans le sud de l’Ukraine, cette ville industrielle d’un demi-million d’habitants a repoussé des dizaines d’assauts depuis le 24 février, et essuyé autant de bombardements. Mercredi matin, les habitants se sont réveillés d’une seconde nuit relativement calme, alors que les rumeurs d’un assaut imminent venant du nord, de l’est et du sud sont sur toutes les lèvres.
« J’en ai assez de dormir tout habillée ! Toute la nuit, nous attendons un invité russe », s’énerve Tatiana Zakharova, 58 ans, en référence aux projectiles tirés depuis les positions russes, à quelques kilomètres de là. Modestement vêtue, un sac plastique chargé de provisions à chaque main, elle échange avec ses voisins au pied de son immeuble, 134 rue des Cosmonautes. Lundi matin, un « invité russe » s’est déjà présenté dans le carré formé par les immeubles, brisant la plupart des vitres, défonçant des murs et criblant de trous les véhicules garés dans la rue. « Ce n’était pas une explosion, mais au moins une dizaine », assure une voisine. « C’est un Smerch », croit Vadim, inspectant sa camionnette endommagée : « Une roquette à sous-munition, c’est pour cela qu’on a entendu de nombreuses explosions. Regardez ce trou dans le sol [il fait environ un mètre de diamètre], si cela avait été un Grad [des roquettes tirées en salves, très utilisées par l’artillerie des deux côtés], le trou aurait été beaucoup plus gros. » Lemonde
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